Tee-shirts, vinyle, guitare: Le metal ne laisse rien au hasard

MUSIQUE Pendant une semaine, notre journaliste essaie de comprendre la musique metal pour mieux en parler dans ses articles…

Benjamin Chapon

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Fan masqué d'Iron Maiden lors du concert du groupe à  Denver en avril 2016
Fan masqué d'Iron Maiden lors du concert du groupe à Denver en avril 2016 — Shutterstock/SIPA

Fini la rigolade. Le Heavy, le Hard, voire le Thrash, c’est bien gentil mais pour explorer en profondeur le monde du metal, j’ai plongé dans les abysses du Black, du Death, du Dark, puis de l’Indus, du Neo, du Fusion…

Notre journaliste musical se donne une semaine pour se mettre au metal

Une constatation : plus c’est récent, plus c’est difficile à écouter pour un novice. Et pour son entourage. Alexandre Covalciuc, de Radio Metal, m’avait conseillé prioritairement l’écoute au casque. Hé bien ça tombe bien parce que mes collègues et ma famille goûtent assez peu Loudblast, Behemoth, Cradle of Filth ou Venom.

Là où le jazz, la country, la chanson ou même le reggae peuvent passer relativement inaperçus en musique de fond, le metal, tous les genres du metal, sont immédiatement stigmatisés d’un « mais qu’est-ce que t’écoutes là ? ». Le metal n’est pas une musique d’atmosphère. T’écoutes ou t’écoutes pas. Pas de demi-mesure.

Dis-moi ce que tu portes…

Chez les fans non plus, il n’y a pas de compromis. Suivant les conseils de Christian Lamet, un autre de mes coachs dans ma quête d’excellence métalistique, j’ai visité la trinité des magasins metal : disquaire – boutique de fringues – vendeur de guitares. « On écoute du metal pour se distinguer. C’est une contre-culture, m’explique Bertrand, vendeur dans une échoppe parisienne spécialisée dans le merchandising metal. C’est pour ça que pas mal de fans aiment porter des vêtements qui permettent de les identifier comme fans de metal. »

Sur les cintres, des centaines de t-shirts et blousons à l’effigie de groupes plus ou moins fameux. Bertrand me décrypte rapidement le look metal : « Il y a le jean et le cuir, les deux grandes matières portées par les métaleux. Pas mal de trucs en métal, forcément, aussi, des accessoires qui renvoient un peu à la culture motards, des chaussures bien lourdes par exemple. Ça, c’est la base. Après, il y en a qui vont chercher des trucs un peu ethniques, en références aux cultures du nord de l’Europe, comme les machins de Vikings, des trucs en peaux de bête. Et puis aussi des références à la Seconde guerre mondiale. Bien sûr, il y a les gothiques, qui représentent une caste à part. Mais bon, le fan de base, il va mettre un jean et un t-shirt d’un groupe qu’il aime bien, et basta. Eventuellement un bracelet de force. Choisir son T-shirt, c’est devenu tout un art. Tu peux opter pour un grand classique pour rappeler d’où tu viens. Ou au contraire un truc beaucoup plus obscur avec un vieux groupe méconnu ou un jeune groupe qui débute et qui n’a encore jamais joué en France par exemple. »

Plein de t-shirts et le meilleur des vinyles

Après avoir analysé ma toute neuve culture metal il me présenteun t-shirt vintage Jethro Tull, parce que j’aime bien leur musique, j’avoue, et un autre de Gojira, le groupe qui monte bien. Ce dernier vient juste de sortir. « Les groupes ont assimilé depuis longtemps l’intérêt financier du truc. Le merchandising, ça peut représenter un quart des revenus d’un groupe. Ceux qui font des tournées internationales comme Iron Maiden ou AC/DC, ils éditent des tenues différentes pour chaque continent. J’ai des fans qui veulent le t-shirt de la tournée asiatique, d’autres veulent celui de la tournée sud-américaine. Et puis il y a ceux qui les veulent tous. »

Un peu plus loin dans la même rue, je trouve l’un des meilleurs rayons metal de Paris chez Gibert. « Comme toutes les musiques non commerciales, le metal a profité à plein du retour du vinyle, explique Antoine. Les clients sont attachés à deux choses. La qualité de l’objet, que ce soit par son visuel ou sa rareté, et la qualité du son. On a affaire à des geeks de la musique, des gens qui veulent n’acheter que le top. »

Guitare metal = guitare tout court

Direction ensuite le nord de Paris. Les magasins de guitare se concentrent tous plus ou moins dans la même rue. Certaines échoppes se sont fait une spécialité des guitares metal. Alexis m’en présente une tripotée, parle à 100 à l’heure, cite les guitaristes mythiques ayant joué sur telle ou telle. Mais concrètement, au niveau du son, qu’est-ce qui différencie une guitare metal d’une guitare rock. La confession met du temps à arriver : « Pour être franc, pas grand-chose à part l’apparence. Mais ça compte énormément parce que le metal, c’est aussi une question de show. »

En effet, lors de son concert au Download Festival quelques jours plus tôt, Dave Mustaine, leader de Megadeth, avait changé plus souvent de guitare que Katy Perry de tenue de scène.

Cette tournée des échoppes permet de dresser le portrait-robot du fan de metal, son attachement aux vieux groupes, son fétichisme, son goût pour le bon son. Musique incontestablement difficile d’accès, le metal se mérite. Tout comme l’accès aux concerts n’est pas des plus aisés, sorti de Paris. Tout cela renforce un sentiment de fierté d’appartenir à une communauté auquel, sans mentir, on accède assez vite pour peu qu’on s’intéresse au genre.