Le longboard dancing, une entrée en douceur dans le monde du skate

GLISSE Quatres roues bien larges et une planche longue suffisent pour danser sur le bitume...

Coralie Lemke

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Lotfi Lamaali a initié les Dock Sessions à Paris.
Lotfi Lamaali a initié les Dock Sessions à Paris. — L. LAMAALI

Sur les bords de Seine, les grandes allées et les routes fermées, ils ondulent doucement sur le bitume. En tête à tête avec leur grande planche, les longboard danseurs enchaînent naturellement leurs mouvements et donnent une impression d’osmose.

Le longboard dancing, qui allie danse et glisse, est né en 2007 en Californie et séduit de plus en plus d'adeptes dans l'Hexagone. « Les premiers français s’y sont mis en 2011 », se rappelle Marvin Thine, rédacteur en chef de UD Magazine, une revue spécialisée en longboard. Grâce à de larges roues, la planche, plus grande, est plus stable qu’un skate traditionnel. Pas besoin de persévérance pour claquer des figures comme le ollie ou le 360. Le longboard est connu pour se faire rapidement apprivoiser.

A 19 ans, Cassandre est déjà une longboard danceuse confirmée. Etudiante en première année de Staps, elle a commencé par acheter un petit cruiser, ces courtes planches en plastique fluo à grosse roues. « Je me sentais crispée, pas du tout à l’aise. Ce n’est qu’après m’être renseignée que j’ai découvert le longboard », se souvient-elle. Pour apprendre des figures, elle s’inspire des vidéos sur internet. « Ensuite, ça vient naturellement. J’ai commencé à prendre ma planche en mains, à faire du freestyle. »

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Le plus important, c’est l’esthétique

Difficile de répondre à ceux qui se demandent dans quelle catégorie il faut ranger ce sport. « Ni la glisse, ni les chorégraphies ne priment. Il faut savoir en faire un mélange équilibré. Le plus important, c’est l’esthétique », explique Cécile, membre du Bordeaux longskate club. Voilà cinq ans qu’elle a pris goût aux sensations uniques que ce sport procure. « Ce qui me fait kiffer, c’est de me sentir retenue par la force centrifuge. Avec à peine un peu de vitesse on a déjà cette sensation de résistance sur la planche. » Cassandre n’avait fait ni danse ni skate avant de se lancer. « Je danse mieux sur ma planche que sur mes pieds. Il y a des pirouettes que je ne pourrais pas faire sans être sur des roues. » 

En France, le mouvement s’est construit autour des Dock Sessions, lancées en 2014 par Lotfi Lamaali, un longboarder professionnel et Alexandre, à la tête du Paris longboard urband ghost (Plug). « Les gens en faisaient seuls dans leur coin », explique Lofti Lamaali. « Avec notre page Facebook, nous avons su regrouper tout me monde. » Chaque semaine, les Parisiens de longboard se donnent rendez-vous sur les quais de Seine pour pratiquer ensemble.

D’une vingtaine de personnes l’hiver, ils sont facilement cinquante en été. En France, le mouvement s’est propagé à Nice, Toulouse, Lille, Bordeaux et Nantes. « Il ya un coté chill à ces sessions. On teste ses planches, c’est ouvert à tous. Il y a de la musique et on boit un coup. »

Awesome session today here in Paris ! | #Docksession #longboard #longboarding #paris #trocadero

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La musique douce et les mœurs apaisés

Qui dit danse dit évidemment musique. Chez Cassandre, la playlist va de Petit Biscuit à The paper kites. « Pour moi, c’est ultra important. C’est ça qui me  donne le rythme. » Elle se déplace parfois avec des enceintes pour en faire profiter tout le monde. Le reste du temps, elle garde ses écouteurs dans les oreilles et reste dans sa bulle. « J’aime les sons ultra calmes pour bien poser mes mouvements et être zen », explique-t-elle.

Un climat apaisé règne dans ce petit milieu, sans rivalités ni intimidations. « Alors que le skateboard peut apparaître plus fermé et plus macho, ici, les filles ont le même statut que les hommes », analyse Lotfi Lamaali. « C’est vrai que le street skate, c’est plus hardcore », admet Cassandre, qui ne se sent pas du tout en minorité lors des Docksessions.

Si le longboard attire plus la gent féminine, son côté obscur que le skate attire aussi une population plus diverse. « Avec le street, on sait qu’on va commencer par en baver pendant six mois avant d’être à l’aise, et ça refroidit. A coté, le longboard est beaucoup plus flatteur pour le grand public », résume Marvin Thine de UD Magazine. Les progrès sont rapides et la discipline se prête bien au jeu de jolies photos publiées sur Instagram. « Un côté un peu arty, qui décide les gens éloignées de cette sphère à se lancer.»

En bonne porte d’entrée dans le monde de la glisse, le longboard dancing mène à d’autres disciplines, comme le free ride, qui mêle pentes en bitume et vitesse extrême. Dans le milieu de la glisse, chacun son rythme.