#Moijeune: Un job de rêve? Merci, mais non merci

JEUNESSE D’après le panel jeunes « 20 Minutes » Opinion Way, 89% des 18-30 ans ne comptent que sur eux-mêmes pour réussir leur vie professionnelle…

Benjamin Chapon

— 

En 2009, l'Etat du Queensland, en Australie, organisait une campagne en faisant mine de chercher des candidats pour le meilleur job du monde
En 2009, l'Etat du Queensland, en Australie, organisait une campagne en faisant mine de chercher des candidats pour le meilleur job du monde — Rex Features/REX/SIPA

Pas plus effrayés que ça par la précarité (67 % privilégient la passion à la stabilité), comptant sur leur culot (à 62 % contre 12 % espérant du piston), prêts à se retrousser les manches à 89 % et cherchant avant tout un métier où l’on s’amuse (56 %). Les jeunes (18-30 ans) du panel 20 Minutes - Opinionway semblent tout indiqués pour une carrière… d’artistes.

Oui, mais non. Passé 18 ans, on n’a plus l’âge de rêver à devenir la nouvelle Louane ou le prochain Slimane. Rompus aux sciences de l’information, les jeunes savent bien que les médias leur tendent un miroir déformant qui ne montre pas les artistes en échec. Ceux qui ont galéré puis renoncé, ceux qui ont accepté de mettre beaucoup d’eau dans leur vin, ceux qui ont accepté un job plus lucratif dans la pub.

>> A lire aussi : Révo, le Youtubeur à l'accent du Sud qui fait marrer le Web

Les jeunes et le buzz, coucou 2009

« Dès 18 ans, la désillusion est le plus souvent digérée chez les futurs travailleurs, explique Martine Montevreau, sociologue du travail. Dans la tranche d’âge 18-25, il n’y a aucun a priori sur l’avenir du marché du travail, et donc aucun espoir particulier. La plupart regardent avec un esprit très critique les offres d’emploi trop belles. »

La sociologue a consacré sa dernière étudeà la mode des « jobs de rêve », qui cachent le plus souvent une campagne promotionnelle pour une marque ou une institution.

>> A lire aussi : «Comment j’ai chopé avec un brownie»

« En 2009, l’état du Queensland, en Australie, cherchait un gardien pour l’île d’Hamilton. L’opération ne visait pas tant à trouver un gardien qu’à faire le buzz (ça se disait encore en 2009, N.D.L.R.). L’opération a si bien fonctionné que, depuis, on en compte plus les offres de jobs de rêve », constate Martine Montevreau.

Mais les jeunes, ils ne rêvent pas, non Madame. Les enfants de la crise permanente, ils veulent un boulot, un vrai, un beau, sans toutefois renier leurs idéaux ni leurs aspirations.

Confrontons les offres de prétendus « jobs de rêve » dénichées par la sociologue avec la réalité des réponses apportées par les 18-30 ans de notre panel jeunes 20 Minutes- Opinionway.

Critique de bacon

Un blog de cuisine a, très sérieusement, publié une annonce pour recruter un critique gastronomique spécialiste du bacon. L’objectif est de dénicher le plus croustillant et savoureux bout de lard poêlé du monde.

Pourquoi pas, sauf peut-être pour les 31 % de jeunes du panel qui espère « trouver du sens » dans ce qu’ils font dans leur métier.

Touriste

De nombreuses opérations promotionnelles de marque proposent de faire gagner des voyages tous frais payés. On se souvient d’Asus qui offrait un tour du monde à son « testeur de téléphone portable ». L’objectif est surtout de se faire de la pub puisque les candidats sont systématiquement invités à partager les vidéos de leurs épreuves sur les réseaux sociaux.

Tout ça, c’est bien gentil, mais ce ne sont pas de « vrais » boulots. Et si 56 % des jeunes du panel espèrent faire un métier où ils « s’amusent », seuls 27 % envisagent d’être des flasheurs, c’est-à-dire de cumuler plusieurs métiers. Compliqué…

Testeur de maillot de bain, de literie, ou de toboggan

Les marques de literie recrutent régulièrement des personnes pour tester leurs produits. Etam recherchait, en 2015, une testeuse de maillot de bain appelée à voyager entre Rio, Miami et Saint-Barth’. Et en 2013, une compagnie spécialisée en construction de toboggans aquatiques avait également recruté quelqu’un pour tester ces derniers.

En théorie, ces boulots peuvent sembler sympas. Problème, les marques comptent sur vous pour communiquer au plus grand nombre vos impressions sur les réseaux sociaux. Or, les jeunes détestent se sentir manipuler et refuseront en majorité de se laisser dicter ce qu’ils doivent dire ou penser. 68 % des jeunes du panel estiment que ce qu’ils montrent sur les réseaux sociaux doit ressembler à leur vie réelle.

Dénicheur d’initiatives

Votre employeur : la délégation tourangelle de la Jeune chambre économique française (JCEF). Je vous vois d’ici faire la moue. Mais attention, le boulot,lui, est vraiment cool. Il s’agit de faire le tour du monde des Jeunes chambres économiques pour y dénicher des initiatives innovantes.

Problème : les jeunes du panel sont justement sceptiques quant à la force d’initiative des institutions. 89 % ne comptent que sur eux-mêmes pour réussir leur vie pro. 62 % misent sur leur débrouillardise et 59 % n’ont pas confiance dans les entreprises pour leur assurer un avenir professionnel satisfaisant.

Nounou pour panda

En Chine, un refuge pour panda recrutait des personnes pour s’occuper de ses pensionnaires. Même s’ils ressemblent à de grosses et adorables peluches, les pandas restent des animaux sauvages, et même de sacrées teignes. Mais quand même, ça reste un job qui pète la classe.

Comme ils ont du mal à recruter, les responsables du refuge avaient expliqué que les futurs employés n’avaient pas besoin de compétences vétérinaires particulières et apprendraient sur le tas. Coup de bol, 81 % des jeunes affirment « savoir s’adapter ». Et 100 % aiment les pandas, bien sûr. Helàs, l’annonce était, encore une fois, avant tout un moyen d’attirer l’attention sur la cause des pandas.

>> A lire aussi : Monsieur Alex, le youtubeur nordiste qui gagne a être connu

Etaleur de crème solaire

En 2014, la ville des Sables-d’Olonne avait recruté deux personnes chargées d’arpenter les plages de la station balnéaire pour crémer le dos des touristes. Ce job était payé 5.000 euros pour six semaines d’effort. Pas mal, mais finalement guère plus qu’un vendeur de chouchou.

De toute façon, seuls 22 % des jeunes de notre panel se soucient de l’argent au moment de choisir leurs jobs. Et aucun ne cite la beauté parmi leurs « valeurs ». Du coup, la possibilité de reluquer des corps bronzés au travail, et en obtenir un soi-même, ne pèsera pas dans la balance.

Faux cadre

Même s’il s’agit très probablement d’un fake, on voit souvent passer l’info selon laquelle des entreprises chinoises recrutent des Européens pour leur servir de caution internationale. En gros, il s’agit de pavaner en costard aux événements publics de la boîte : conférences, colloques, AG, fêtes…

>> A lire aussi : Adrien Sergent, du savon de Marseille au «poussin» à Bercy

On l’a déjà dit, l’argent n’est pas une motivation pour nos jeunes. Si on ajoute à ça que 63 % placent le respect en tête de leurs vertus cardinales et, 37 % l’honnêteté, on doute de leur propension à vouloir de ce job.

CM à « 20 Minutes »

Passer sa journée sur Facebook à promouvoir les splendides articles de la mirifique rédaction de 20 Minutes. Sur le papier, Charlotte et Julien (coucou) ont un job de rêve. Hélas, 64 % des jeunes de notre panel se fichent complètement de leur nombre de likes, commentaires, abonnés ou amis. Et ça, ce n’est pas bon.

>> A lire aussi : A 20 ans, il lance un média pour venir en aide à ceux dont on ne parle jamais

En conclusion, la sociologue Martine Montevreau remarque que les jeunes qui vont, dans les années à venir, entrer sur le marché du travail, « sont incroyablement sereins ». Ils savent aussi que les emplois du futur n’existent pas encore. « Et ça ne les panique pas, au contraire, ils sont impatients. »