Pour les e-sportifs aussi, la retraite est un grand défi

Reconversion Après 21 ans, les capacités des gamers professionnels commencent à décliner..

Thomas Weill
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ElkY a réussi à passer de roi de Starcraft à star du poker, mais tous les e-sportifs ne parviennent pas à se reconvertir aussi facilement. Le mieux reste de rester dans le domaine des jeux vidéo.
ElkY a réussi à passer de roi de Starcraft à star du poker, mais tous les e-sportifs ne parviennent pas à se reconvertir aussi facilement. Le mieux reste de rester dans le domaine des jeux vidéo. — I. Harsin/Sipa

A partir de la trentaine (voire avant), chaque sportif commence à se demander quand sa carrière pro va se terminer. Pas d’exception à la règle pour les e-sportifs. Vient un âge où les réflexes ne suivent plus, que l’on manie un ballon ou une souris d’ordinateur. Les pro gamers doivent eux aussi penser à leur reconversion.

L’âge d’or pour les pro-gamer se situe à 20 ou 21 ans. Il s’agit en tous cas de l’avis de Matthieu Dallon, créateur de l’E-sport world convention (ESWC) et président de la toute nouvelle association France e-sport. « Le pic de performance correspond à la capacité du cerveau à créer de nouveaux neurones. Après 21 ans, on constate plutôt une décroissance », affirme-t-il.



De Starcraft au Poker

Certains s’arrêtent au sommet de leur gloire, à l’instar de Bertrand ‘ElkY’ Grospellier, l’un des premiers Français à devenir e-sportif. Entre 2001 et 2005 Il s’illustre en Corée sur Starcraft, jeu de stratégie en temps réel. « Cela avait plus d’un côté contraignant. Mon contrat m’obligeait à beaucoup me déplacer et plusieurs joueurs de notre équipe étaient déjà partis. » Résultat, le champion met fin à sa carrière de pro gamer, et enchaîne avec un autre jeu, le poker. « J’ai commencé le poker en 2003. Quand j’ai arrêté Starcraft je gagnais déjà beaucoup au poker. »



La transition s’avère facile pour lui. Et pour cause, « être joueur pro sur Starcraft permet d’avoir une très bonne coordination. », ce qui l’a aidé à progresser au poker. A titre d’exemple, Elky évoque l’année 2009 où il bat « le record du monde de tables jouées en une heure, avec 63 tables » et ses titres mondiaux en 2011. Mais tous n’ont pas la même facilité qu’ElkY à se reconvertir. Notoria, Karim Ben Khiria de son vrai nom, a essayé de gagner sa vie sur Guild Wars en 2004-2005. Face à la précarité du domaine, il finit par chercher un autre travail.

Cela lui prend 4 ans. « La plupart des gens me riaient à la figure quand ils savaient que j’avais été gamer pro. D’autres me disaient simplement que ce n’était pas un métier et qu’il ne fallait pas le mettre sur un CV », regrette Notoria, aujourd’hui âgé de 32 ans. Fin 2014 il retente l’aventure avec sa propre structure d’esport, Blizzcorp, afin de « promouvoir l’esport français ».



Les gamer pros « pas encore bien perçus dans des domaines plus standards »

« C’est plus simple de se reconvertir aujourd’hui », estime-t-il. Les champions de sport électronique sont mieux reconnus en France. Matthieu Dallon voit même un parallèle entre les professionnels du gaming et le sport. « Les joueurs peuvent se reconvertir dans les médias, dans les studios de jeux vidéo en tant que consultant sur le gameplay, ou auprès des équipementiers. On remarque la même chose dans les grandes marques de sport et dans les fédérations sportives », estime le président de France esport. Exemples à l’appui avec l’Américain Fatal1ty reconverti dans le consulting pour équipementier, et la Française Kayane devenue animatrice TV sur Game One et NRJ games et membre de l’équipe du Journal de l’esport.

Pour ceux qui souhaitent quitter les jeux vidéo, « des études démontrent que les facultés développées par les champions sont très recherchées dans le management, et même dans la finance », avance Matthieu Dallon. « On peut toujours faire face à des gens qui nous rient au nez, mais ça dépend des secteurs », nuance Notoria. La tendance évolue, mais Elky affirme que « les qualités des joueurs pro ne sont pas encore suffisamment bien perçues dans des domaines plus standards ». Il faudra donc attendre encore un peu avant de voir un pro gamer devenir un cador de la finance en France.