L'AccorArena affichait complet le jeudi 2 juin 2016 pour un concert géant de groupes de K Pop
L'AccorArena affichait complet le jeudi 2 juin 2016 pour un concert géant de groupes de K Pop — Thibault Camus/AP/SIPA

KPOP

VIDEO. Les groupies frénétiques de K-pop sont des agents secrets au service de la Corée du Sud

Les fans de K-pop se sont retrouvés par milliers à l'Arena de Bercy, à Paris, pour la KCON…

« Ça dépend. Vous allez vous moquer de nous ? » Mmmm, on ne peut pas dire que l’idée ne nous ait pas traversé l’esprit...

Les fans de K-pop ont vécu, jeudi à Paris, un grand moment d’émotion avec la tenue de la KCON (K pour Corée, CON pour convention), le grand rendez-vous des fans de culture coréenne (du Sud, évidemment, au Nord, la pop, c'est... différent). Les abords de Bercy étaient envahis de jeunes fans de chanson, cuisine, mode, art de vivre coréens. Les costumes et les comportements hystériques ont évidemment attiré les médias avides de décrypter le « phénomène » à grand renfort d’images de jeunes filles en pleurs et en cris devant leurs idoles.

Alexandra, la jeune fille qui rechigne à répondre au journaliste suspecté de vouloir « se moquer » est venue de Lyon pour l’occasion. Elle a dormi devant les grilles de l’Arena de Bercy pour être sûre d’être bien placée pour le concert évènement qui a clôturé la KCON : « Je sais que ce genre de comportement extrême est difficile à comprendre. Mais pour les fans de culture coréenne, avoir accès aux groupes est très rare, souvent cher et compliqué. Alors forcément, je veux saisir ma chance. »

Du coup, la jeune femme de 22 ans a délaissé l’aspect Convention de l’évènement. Dans un des grands salons de Bercy, des stands présentent la nourriture, des cosmétiques, des programmes télés ou encore des costumes traditionnels coréens. Et sur une petite scène, les groupes qui joueront le soir même sur la scène de Bercy, font de rapides apparitions accueillies par des hurlements dantesques.

Plongée à la rencontre de ces jeunes femmes, de moins de 25 ans pour la plupart.

Dans la colonne « Groupies frénétiques » de notre étude, on note :

- Les cris, bien sûr, les pleurs aussi
- Dormir dehors en hiver (à Paris, un 3 juin, c’est l’hiver) pour être bien placée à un concert
- Les téléphones en mode rafale
- Les chansons hurlées en chœur
- Les déguisements très, très ridicules
- Les énumérations en mode rafale du nom de leurs idoles préférées
- Les têtes déconfites quand on leur fait croire, pour rire (haha), que le concert risque d’être annulé à cause des inondations.

Bref, rien que de très banal.

Dans la colonne « geek », on note :
- La connaissance encyclopédique de l’histoire des groupes
- L’énumération des « dramas » (séries télés coréennes) les plus importantes
- L’apprentissage de la langue coréenne
- Des contacts réguliers avec des Coréennes sur les réseaux sociaux pour mieux connaître le pays
- La géolocalisation ultra-précise des épiceries coréennes à Paris où trouver les meilleurs produits exportés
- La capacité à vanter pendant dix longues minutes la supériorité gustative des champignons coréens, les Eryngii

Plus largement, les fans de K Pop, même les plus jeunes, semblent avoir une connaissance approfondie de la culture coréenne, que ce soit son histoire et traditions, sa gastronomie, le mode de vie, la littérature, les entreprises innovantes… Assouvir leur passion réclame des efforts, une organisation. La communauté de fans est organisée mais disparate.

D’ailleurs, les fans se jugent entre eux. Et les plus excitées sont mal vues par leurs aînées réclamant sérieux et bonne tenue. « Les gamines hurlantes, ça donne une mauvaise image de notre passion qui est très sérieuse, explique Mélanie. Moi aussi je suis très heureuse de voir les chanteurs en vrai mais j’essaye de me tenir. Ce qui compte, c’est d’en apprendre toujours plus sur leur culture, pas juste de les prendre en photo. »

Le voyage en Corée

Camille passe des heures sur HelloPal ou ePenpal, des sites de discussions internationaux : « Non seulement ça me permet d’être au courant des dernières sorties, de parler des épisodes de dramas, des concerts, des albums, tout ça, mais en plus je me fais des amies. Les Coréens sont vraiment très accueillants quand on montre qu’on s’intéresse à leur pays. »

A la louche, une grosse moitié des personnes présentes est déjà allée en Corée, l’autre moitié en rêve. Le stand représentant les universités coréennes a distribué de nombreuses brochuressur les programmes d’échanges et de bourses. Jérôme (oh, une personne de sexe masculin…) a passé cinq ans en Corée grâce à une bourse gouvernementale : « La Corée a bien senti que l’engouement pour la musique pop pouvait déboucher sur autre chose. Il y a beaucoup d’initiatives à destination de la Chine et des pays d’Asie du Sud-Est pour que les jeunes viennent étudier en Corée. »

Soft Power sauce barbecue

Young-bum Kim directeur de aT, une agence gouvernementale aidant les entreprises agroalimentaires coréennes à exporter leurs produits en Europe, analyse le succès de la K-pop comme un exemple de soft power tout à fait classique : « La musique et les séries sont des moyens, pour la Corée, de se faire connaître dans le monde. La France fait ça depuis des décennies. » Si en France, outre le tourisme, la mode de la K Pop profite surtout aux marques de cosmétiques coréennes, la Chine est devenue adepte de la gastronomie coréenne. Des touristes chinois par milliers viennent ainsi à Séoul consommer le fameux poulet frit arrosé de bière, rituel gastronomique adolescent très souvent mis en scène dans les dramas. « Les fans français de K Pop sont très curieux de la culture coréenne dans son ensemble, constate Young-bum Kim. Dans les pays asiatiques, il y a des modes. En ce moment, c’est la Corée, mais ça passera peut-être. A ce moment-là, on espère pouvoir compter sur l’Europe. »

Parmi le public du concert de clôture de la KCON se trouvait la présidente sud-coréenne, Park Geun-hye. Rien de moins.

« Les produits cosmétiques coréens sont très chers ici en France, se lamente Victoria. En revanche, la nourriture, ça va. Moi, si je consomme des produits coréens, c’est pour m’imprégner de cette culture mais le but final, c’est d’aller y vivre. J’ai découvert la K Pop en 2010. Puis ça a été un engrenage. J’apprends le coréen à la fac, j’ai un petit ami d’origine coréenne, je suis allé deux fois déjà. C’est impossible de ne pas être happé par cette culture parce que… » La conversation est brusquement interrompue. Un groupe a fait son apparition sur scène et Victoria s’est précipité en hurlant pour être au premier rang.