VIDEO. Séries: Le drama japonais s'installe sur Netflix

SERIE Le service de VoD dévoile ce vendredi «Hibana: Spark», une ambitieuse série nipponne...

Mathias Cena

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«Hibana: Spark», la nouvelle série nipponne de Netflix.
«Hibana: Spark», la nouvelle série nipponne de Netflix. — 2016 YD Creation

De notre correspondant à Tokyo,

«Drama» et comédie sur Netflix. Le géant du streaming sort ce vendredi Hibana: Spark, sa première série japonaise en diffusion mondiale et simultanée, qui se déroule dans l’univers du manzai*, cette forme nipponne de spectacle comique où deux humoristes sur scène enchaînent les vannes à toute vitesse.

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Un pari osé : contrairement aux séries anglo-saxonnes qui s’arrachent en France, le public est peu habitué aux «dramas», comme sont appelées les séries au Japon. Les deux premières productions locales de Netflix, Atelier (visible en France) et Good Morning Call, loin d’être inoubliables, n’étaient d’ailleurs pas parties pour changer la donne.

«Haut du panier»

Renversement de situation avec Hibana, ambitieuse série dont le budget serait «dans le haut du panier» des productions nipponnes: Netflix espère cette fois non seulement intéresser le monde entier au drama mais aussi inciter les Japonais, peu friands de contenus anglo-saxons, à s’abonner au service en développant son offre locale. «Nous travaillons avec des créateurs ici, expliquait Greg Peters, président de Netflix Japon, lors de la présentation de la série, pour qu’ils puissent raconter leurs histoires à un niveau de qualité qui ne peut pas être atteint juste pour le marché domestique».

Le matériau de départ de cette production en dix épisodes, que 20 Minutes a pu visionner en avant-première, a clairement été choisi pour séduire les spectateurs japonais: un bestseller écrit par le comédien de manzai Naoki Matayoshi, qui a reçu l’an dernier le prestigieux prix littéraire Akutagawa. Comme le livre du même nom, la série Hibana («étincelle») suit le personnage de Tokunaga, aspirant comique qui, avec son compère Yamashita (leur duo s’appelle Sparks, soit «étincelle» en anglais), cherche à percer dans l’univers hyper compétitif du manzai.

Coups de pieds aux fesses

Hors-Japon, le pari est plus risqué car peu de spectateurs en France sont sensibles à cette forme de stand-up qui a fait connaître Takeshi Kitano dans les années 1970, et qui occupe une bonne partie de l’action de Hibana. La barrière de la langue n’aide pas: les sous-titres, aussi soignés soient-ils, peinent forcément à rendre l’humour des répliques qui crépitent comme des rafales de mitraillette dans le dialecte du Kansai, cette région de l’Ouest du Japon dont beaucoup de comiques sont originaires.

Une prestation des «Two Beat», Beat Takeshi [Kitano] et Beat Kiyoshi, au début des années 1980

Pas non plus d’explosions dans cette série Netflix, ni de combats chorégraphiés, à l’exception de quelques coups de pieds aux fesses pour ponctuer une réplique de manzai. La majorité des scènes montrent les personnages étrenner leurs sketchs sur les scènes de petits clubs tokyoïtes ou tenter de trouver dans l’alcool les réponses à des questions philosophiques («qu’est-ce qu’un comique?») jusqu’aux petites heures du matin dans des izakayas (les tavernes japonaises), notamment dans le quartier branché de Kichijoji, dans l’ouest de la capitale.

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Une fois la surprise passée et les clés de compréhension de cet univers glanées ça et là au fil des épisodes, on se laisse pourtant prendre par le récit étalé sur une décennie, qui aborde des thèmes universels comme la solitude, l’échec ou le mal-être. En ce sens, Hibana est plus proche des films d’auteurs de l’Archipel projetés dans les salles françaises que des «dramas» de la télévision japonaise. La prochaine étape nipponne de Netflix pourrait d’ailleurs se dérouler sur grand écran: l’entreprise, qui finance déjà le prochain film du Coréen Bong Joon-ho (Mother, The Host, Memories of Murder), aimerait mettre ses billes sur un projet japonais avec un réalisateur prêt à «prendre des risques».

* Le manzai

Cette forme traditionnelle de stand-up qui remonterait à l'époque de Heian (VIIIe-XIIe siècle) met le plus souvent en scène un duo de comédiens, composé d'un personnage rationnel (le tsukkomi) et d'un idiot de service (boke), variations du clown blanc et de l'auguste.