Le manga culte Akira s'offre une seconde jeunesse

BD Le chef-d’œuvre de Katsuhiro Otomo ressort enfin en intégrale augmentée…

Olivier Mimran

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Kaneda devant sa célèbre moto

Kaneda devant sa célèbre moto — AKIRA © MASH·ROOM Co., Ltd./ Kodansha Ltd.

Il aura fallu que son créateur soit sacré Grand Prix au festival d’Angoulême 2015 pour qu' Akira, l’une des séries manga les plus connues au monde (chacun de ses six tomes s’est vendu à plus de 700.000 exemplaires), bénéficie finalement de l’écrin qu’elle mérite.

Car si le titre a été plusieurs fois publié en France entre 1990 et 1995, il l’a été parfois en couleurs (alors que l’original est en noir et blanc) et systématiquement dans le sens de lecture occidental. Une hérésie pour les puristes, que les éditions Glénat ont enfin entendu puisqu’elles rééditent l’intégralité du récit qui a contribué à populariser le manga en Europe en respectant scrupuleusement les codes du genre.

À cette fin, la nouvelle version a été supervisée, depuis le Japon, par Katsuhiro Otomo en personne. « C’est un grand perfectionniste ! Il est d’une exigence absolue et ne laisse rien passer. Son « pilotage » est donc la garantie d’un haut niveau de qualité », confie à 20 Minutes Nicolas Finet, responsable Asie du festival d’Angoulême et qui, à ce titre, a accueilli et accompagné Otomo durant sa présidence lors de la dernière édition de l’événement.
De fait, le 1er tome, qui sort aujourd’hui, est imprimé dans le sens de lecture japonais et bénéficie d’une nouvelle traduction, d’onomatopées sous-titrées et de la jaquette originale.

Au fait, de quoi ça parle ?

Pour mémo, Akira est un récit post-apocalyptique publié dans la revue nippone Young Magazine entre 1982 et 1990. On y suit, dans la mégapole de Néo-Tokyo (l’action se déroulant en 2019, trente-huit ans après une Troisième Guerre Mondiale), une bande de jeunes désœuvrés, un peu violents, dont le grand trip consiste en de longues chevauchées nocturnes à moto. Une nuit, ils croisent sur leur route un enfant à l’apparence d’un vieillard qui porte le numéro 26 tatoué sur la main. En l’évitant, Tetsuo, l’un des motards, chute et se blesse grièvement. Il reprend conscience dans un hôpital militaire et comprend qu’il est désormais doté d’un pouvoir surnaturel…

Un des 1ers manga devenus cultes

Si son intrigue, aujourd’hui, ne casse pas trois pattes à un canard, il n’en reste pas moins que depuis sa première publication, Akira est un manga culte ! « La série s’est immédiatement distinguée par plusieurs caractéristiques exceptionnelles, précise Nicolas Finet. Son thème d’abord, puisque c’était la première fois qu’un auteur de manga s’efforçait de traduire en images une forme d’anticipation post-apocalyptique qui était jusqu’alors l’apanage de la littérature et des écrivains de SF. Son énergie ensuite, phénoménale, ainsi que la sophistication de sa narration et l’ampleur de son propos : un récit d’une telle intensité mené sans la moindre baisse de régime sur plusieurs milliers de planches, on n’avait jamais vu ça ! C’est la combinaison de l’ensemble de ces éléments, tous démesurés, qui a fait et qui fait encore d’Akira un repère clé dans l’histoire mondiale de la bande dessinée. »

Récompensé par le prestigieux Prix du manga Kodansha 1984, Akira a naturellement très vite fait l’objet d’une adaptation animée (sortie au japon en 1988 et en France en 1991) qui a également cartonné puisqu’elle a engrangé 80 millions de dollars de recettes dans le monde - un record à l’époque !

Bande-annonce de l’adaptation animée d’Akira

Alors comment expliquer de tels succès pour un récit finalement un peu convenu ? Pour Nicolas Finet, ce qui a permis à Akira d’embrasser une carrière universelle tient peut-être au fait qu’Otomo « était alors jeune artiste asiatique qui semblait avoir assimilé, en plus de sa propre culture, une partie des codes graphiques de la bande dessinée européenne et américaine ».

Katsuhiro Otomo est certainement, avec Jiro Taniguchi, l’un des auteurs de manga les plus influencés par la bande dessinée occidentale. Il clame d’ailleurs haut et fort, et depuis des décennies, l’admiration infinie qu’il voue au regretté Moebius (de son vrai nom Jean Giraud, dessinateur de Blueberry et créateur d’une œuvre SF foisonnante).

« Moebius est l’artiste de bande dessinée qu’Otomo place et placera toujours, je crois, au sommet de son panthéon personnel, confirme Nicolas Finet. Rien que pour cette raison, le fait de recevoir une forme de reconnaissance (avec le Grand Prix d’Angoulême 2015) de la part du public français nous confère, à ses yeux, un statut particulier. » Gageons que les nombreux amateurs de manga français s’en montreront dignes en se ruant sur le premier tome de cette réédition dite « ultime ».

Akira tome 01, de Katsuhiro Otomo - éditions Glénat, 14,95 euros

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