Amber Heard, victime du mythe de la « marâtre » ?

PEOPLE La jeune actrice, qui accuse Johnny Depp de violences conjugales, est conspuée par les médias et l’opinion publique…

Audrey Chauvet

— 

Amber Heard, le 2 mai 2016 à New York.
Amber Heard, le 2 mai 2016 à New York. — Evan Agostini/AP/SIPA

Cendrillon obligée de faire le ménage dans le château, Blanche-Neige dont la belle-mère envie la beauté, et maintenant Amber Heard, qui tente d’extorquer l’argent de Johnny Depp ? Depuis l’annonce du divorce des deux acteurs, la jeune femme âgée de 30 ans fait l’objet de virulentes critiques de la part des médias, sur les réseaux sociaux et même dans la bouche d’amis proches de l’acteur. Pourtant, le potentiel coupable dans ce divorce surmédiatisé, c’est Johnny Depp, accusé de violence «émotionnelle, verbale et physique» par Amber Heard. Mais le vent semble plutôt tourner en sa faveur, en dépit d’un lourd passif de violences, de drogues et d’alcool.

>> A lire aussi : Johnny Depp: Derrière la star hollywoodienne, un homme au passé trouble

Ne pas salir l’idole

« Johnny Depp est une idole, on n’a pas envie de salir son image, donc il faut trouver un autre coupable car celui-ci ne nous convient pas », estime le psychanalyste Pascal Anger. Johnny, celui qu’on aime depuis 21 Jump Street, qui a fait honneur à la France en vivant pendant de longues années avec notre Vanessa Paradis nationale, qui garde une image d’acteur exigeant évitant les navets hollywoodiens, serait-il intouchable ? « Il est certain que les fans préfèrent salir cette femme plutôt que lui, d’autant plus que ce n’est jamais très bien vu pour une jeune fille d’être avec un homme plus âgé. On se demande pourquoi elle est avec lui : pour son argent, parce que c’est une icône, n’a-t-elle pas trouvé le moyen de le faire chanter ou de salir son image ? », illustre le psychanalyste.

Ces questions sont précisément celles que la défense de Johnny Depp voudrait faire émerger dans l’opinion. Son avocate, Laura Wasser, explique à qui veut l’entendre que Amber Heard est une affabulatrice qui « tente par tous les moyens d’obtenir une compensation financière prématurée en prétextant un abus ». Une jeune femme qui accuse son vieux mari célèbre de la frapper ne peut donc être qu’un être vénal et cruel, puisqu’elle aurait, toujours selon l’avocate de Depp, profité d’un moment difficile pour l’acteur qui a perdu sa mère trois jours avant que ne tombe la demande de divorce.

 

 

La profiteuse, la voleuse, la tueuse…

Les amis de l’acteur, parmi lesquels le comédien Doug Stanhope et le réalisateur Terry Gilliam, ont apporté de l’eau au moulin en racontant comment la jeune femme, qu’ils qualifient de « démon », a manipulé Depp depuis le début de leur relation. Même Vanessa Paradis, son ex-compagne, s’est fendue d’une lettre dans laquelle elle assure que celui avec qui elle a partagé sa vie pendant 14 ans est une personne « sensible et aimante » et qu’il n’a jamais été violent avec elle. « Si elle écrit cette lettre, c’est probablement parce que ce qu’elle y dit est vrai, mais ça ne veut rien dire sur les relations qu’il a avec sa nouvelle femme : ce qui se passe dans l’intimité des époux est impossible à déterminer », estime Michel Moral, docteur en psychopathologie clinique et auteur de Belle-mère ou marâtre, quel rôle pour la femme du père (éd.Châtelet).

Que la défense de l’acteur accable Amber Heard est tout à fait logique. Mais la jeune femme est aussi victime de préjugés qui permettent à ces arguments de trouver une large résonnance dans l’opinion. Les contes de fées truffés de méchantes marâtres n’y sont pas pour rien : « Nous fonctionnons toujours inconsciemment sur des mécanismes qui nous renvoient plusieurs siècles en arrière : ces femmes sont des voleuses de place, des tueuses, des empêcheuses… Elles viennent profiter de quelque chose, en l’occurrence essentiellement du statut social de son mari », explique le psychothérapeute Dominic Anton.

Un scénario parfait pour un divorce hollywoodien

Sans compter que ces « intrigantes » viennent rompre des relations idéalisées par le public : « Tout le monde s’est attaché au premier amour et il faut le temps d’en faire le deuil, explique Pascal Anger. On est toujours dans l’idée qu’il faut préserver le couple idéal ». Angelina Jolie, fossoyeuse du couple Brad Pitt-Jennifer Aniston, ou dans un tout autre style Valérie Trierweiler, ont pâti de ce mythe de la briseuse de couple. Ces femmes, personne ne les aime, surtout pas la famille du mari : « La première femme reste souvent dans le fantasme familial celle qui avait une place, qu’on a accueilli. L’autre vient voler une place qui ne lui est pas attribuée », commente Dominic Anton.

Le scénario du divorce hollywoodien entre Johnny Depp et Amber Heard est donc bien ficelé : une dose de contes de fées, un peu d’idéal familial à la papa-maman-les enfants-qui-courent-dans-le-jardin, une ration de sexisme et un peu de drame avec la rechute aux enfers d’un Johnny Depp qui avait été sorti de la drogue et de l’alcool par sa relation avec Vanessa Paradis. Le public ne semble en revanche pas tout à fait prêt pour un peu d’empathie envers une femme qui accuse simplement son mari de la violenter. «Même des gens que l’on décrit comme calmes et posés peuvent devenir violents, rappelle Sylvie Angel, psychiatre et auteur de Réfléchissez avant de divorcer ! (éd.Odile Jacob). Lorsque les rapports s’enveniment, la violence est à la hauteur de la passion. En France, nous avons été très marqués par la mort de Marie Trintignant. Cela pourrait tout à fait se reproduire ».