Alain Delaporte-Digard, le sexagénaire qui a l'esprit jeûne

Bien-être S'abstenir de manger pour purifier son corps et son esprit, c'est la recette du bonheur pour cet ascète qui sera sur la scène du TEDxIstec (et dont 20 Minutes est partenaire) le 4 juin à Paris.

Thomas Weill

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A 67 ans, Alain Delaporte-Digard érige le jeûne en art de vivre.
A 67 ans, Alain Delaporte-Digard érige le jeûne en art de vivre. — Thomas Weill/20 Minutes

Pour lui, le bien-être passe par le jeûne. Alain Delaporte-Digard en parlera lors d’un TEDx organisé par l’Istec le samedi 4 juin 2016. Les spectateurs auront droit à un tour du monde des idées sur ce qu’apporte le jeûne, à travers les cultures, à travers les religions, qu’Alain a appris à connaître en voyageant. Quand il ne donne pas des micro-conférences, le jeûneur transmet son savoir à l' Univers-cité du corps et de l'être, structure qu’il a créée. Au programme, du yoga, des consultations de médecines traditionnelles, ou le partage de sa philosophie du bien-être, une forme d’abstinence peut-être, mais dont cet intellectuel du jeûne retire bien des choses.

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Une photo publiée par @curcumabox le 10 Mai 2016 à 5h42 PDT

« Food for thought », en français, nourriture de l’esprit, tel est le thème du TedX de l’Istec. Cette matière à penser, Alain Delaporte-Digard s’en est alimenté pendant toute sa vie. Avec sa voix chaleureuse et posée, son sourire doux surmonté d’un regard calme, il possède le don de mettre à l’aise. À 67 ans, il en paraît à peine 55. Cette jeunesse physique est sûrement due à son ascétisme, érigé en art de vivre.

Enfant, il prend conscience de ses « dons » comme il les appelle, sa capacité à voir « les auras, les radiations des corps ». L’enfant est rapidement mis à l’écart, « on m’a pris pour un enfant anormal », reconnaît-il. Ce qu'il dit de ses perceptions inquiète, « j'ai eu droit aux neurologues, aux encéphalogrammes ». Aucun problème au cerveau n'est détecté, mais il grandit tout de même avec une mauvaise santé chronique (« j’ai été entre la vie et la mort jusqu’à mes 18 ans »), ce qui lui fait passer une jeunesse difficile.

« La recherche d’une immersion dans les traditions ancestrales »

Ses  lectures non plus n’ont rien d’ordinaire. « Quand j’étais en seconde, le soir, j’étudiais Krishnamurti, Aurobindo, tous les grands sages indiens. Ce n’était pas par intérêt intellectuel, mais plus pour la recherche d’une immersion dans toutes les grandes traditions ancestrales », se souvient l’ascète. Sans doute influencé par ses lectures, mais aussi à l’instinct, il change sa façon de se nourrir. « Je mangeais un régime très carné, et j’étais toujours très malade. Instinctivement j’ai eu envie de me purger. Je consommais des salades et beaucoup d’herbes aromatiques », décrit-il.

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Son appétit pour le jeûne prend un tournant japonais, lors de sa rencontre avec Masahori Oki Sensei au cours d’un voyage autour du monde. Ce maître d’une forme de yoga thérapeutique, japonais donc, lui change la vie. « Je me rappelle de mon premier jour dans son monastère. Les activités se succédaient sans pause de manière très intense, j’avais faim ! Mais avant le repas, on avait récité les mains jointes, ‘‘je promets de ne manger que ce qui convient à mon corps’’. » La suite, on la voit venir, la cloche découvre « un petit bol de soupe au miso, suivi d’une tasse remplie de quelques grains de riz et de légumes », et c’est tout.

L'ascète de 67 ans a passé sa vie à nourrir son esprit plutôt que son corps.
L'ascète de 67 ans a passé sa vie à nourrir son esprit plutôt que son corps. - Thomas Weill

Cette expérience en particulier a rendu Alain « attentif à l’aliment en lui-même ». Pour lui, le jeûne se situe entre expérience spirituelle et physique. « Dans toute les religions, on retrouve la même chose. Le jeûne est perçu comme un outil de nettoyage corporel et de purification spirituelle. »

Sa réflexion l’amène à tester d’autres formes de jeûne : « J’expérimente et je vois ce qui fonctionne, c’est une démarche scientifique ». Le jeûneur voyageur pratique par exemple «une abstinence de nourriture, de paroles et de relations sexuelles», afin de marcher pendant un temps dans les pas de Gandhi. « Dès le troisième jour on n’a plus faim. On peut tenir au moins trois à quatre mois sans manger. »

« Tu sais papa, je n’ai pas faim »

Impossible ? Absolument pas, le discours est empirique. « Trois années de nomadisme en Afrique » mènent l’ascète ainsi que sa compagne et ses deux filles encore jeunes jusqu’au Sahara. Tout le monde n’aurait pas amené son enfant de deux ans et demi dans le désert, mais lui l’a fait, au terme tout de même d’une préparation médicale. « Cela revenait à apprendre à manger peu, même pour les enfants. Ma fille de deux ans et demi m’avait dit alors ‘‘non tu sais papa j’ai pas faim’’, là où un autre enfant aurait pleuré. »

Un autre souvenir reste gravé dans sa mémoire, celui de son mentor Oki, après que ce dernier a suivi un jeûne de 80 jours. « Il était lumineux, le regard d’une intelligence… Les mots d’une précision... Il paraissait encore plus vivant ! », décrit le jeûneur voyageur… Estomaqué. Aujourd’hui, il ne ressent plus aujourd’hui le besoin de pratiquer le jeûne sur des longues durées, et se contente de le faire à la journée. « Je n’ai plus besoin de pratiquer. Le jeûne c’est une thérapie en cas de besoin. On le voit bien : quelqu’un qui a de la fièvre n’a pas envie de manger, son corps lui dit que ce n’est pas bon. »

Après plusieurs années de tribulations de par le monde, Alain prend le chemin du retour en France. Au cours de son voyage intellectuel, en plus du yoga, il se forme aux médecines traditionnelles (le Qi gong ou le tai chi en Chine, l’ayurveda en Inde). Pour lui, ces connaissances recueillies  au gré des lectures et des voyages forment un tout. « La médecine traditionnelle va avec le religieux, les techniques corporelles, l’hygiène de vie. Tout est pensé en fonction d’un contexte, nutritionnel, physique, spirituel. C’est ce qui m’intéresse avec ces cultures, on joue sur la personne dans son ensemble, le corps le cœur et l’esprit. » Comme quoi, il y a à boire et à manger dans le jeûne.