Synapson, The Avener, Club Cheval... L'Electro Française Gentille est le nouveau mainstream

MUSIQUE Venus des clubs et de YouTube, ils ont conquis le grand public avec des musiques facile à danser...

Benjamin Chapon

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Le duo Synapson
Le duo Synapson — Julot Bandit

Alors que l’EDM (pour électro dance music,un genre fourre-tout désignant la musique électronique bourrine et ultra-commerciale à la Guetta) a conquis le monde et compromis les pop stars et hip-hop stars, plusieurs DJ français résistent au rouleau compresseur avec une musique électronique tout aussi grand public mais musicalement moins massive. Il y a eu The Avener et ses remix de luxe de chansons pop. Il y a aussi Joris Delacroix ou Synapson, et leur version soft de la deep house. Ou peut aussi citer Club Cheval, quartet de producteurs lillois qui présentent leur musique comme « un R’n’B électronique. »

Outre le succès, une approche mélodique de la musique club unit ces artistes. A tel point qu’on pourrait leur adjoindre l’étique EFG (pour électro française gentille). Après avoir conquis les réseaux sociaux via YouTube, puis les clubs avec des remix dansants, chacun d’entre eux a ensuite suivi le parcours traditionnel menant à un album dans une grosse maison de disques puis une tournée qui passe par les festivals d’été.

« On a opté pour un format rock sur scène, explique Sam, de Club Cheval. On a travaillé la scénographie, les attitudes, les costumes. Le public est réceptif, ça nous fait chaud au cœur. » Le duo Synapson aussi prend l’étape live très au sérieux : « Il faut remplir les salles tous seuls. Le live doit être hyper puissant, on amène tous nos claviers et nos machins, on a des chanteurs… Ça nous a demandé autant de travail que l’album de préparer le live. »

De Rihanna à Bob Marley

Malgré le succès de la scène club au-delà des seuls clubs et soirées, ces artistes-là ont également en commun de vouloir mettre en avant leur statut de musiciens à part entière. Nés à la musique en même temps que celle-ci devenait gratuite d’accès avec le piratage massif puis le streaming, Synapson, Club Cheval et les autres revendiquentune culture musicale sans œillère. « On écoute de tout, tout le temps », tranche le duo Synapson quand on les asticote sur leurs influences musicales. Après un premier album qu’ils définissent comme « chanson », ils voudraient aller cers « quelque chose de plus rock, de plus rocailleux, avec des guitares. »

Du côté de Club Cheval, chacun des quatre membres a une culture musicale propre. « Mais ce qui nous réunit, c’est le R’n’B, explique Sam. On est très attirés par l’innovation dans le mainstream R’n’B. C’est un style innovant qui nous permet de faire n’importe quoi. Pour la suite, on pourrait aller vers le rock ou le reggae, peu importe. Le but ce serait de réinventer un truc. »

Musiciens, et puis c’est tout

Lauréat d’une Victoire de la musique, The Avener expliquait récemment à 20 Minutes vouloir « montrer l’étendue de ses goûts musicaux sans trahir » son style. Ce style, justement, est bien difficile à définir. Dansante mais agréable à écouter au salon, leur électro pourrait assez vite passer pour fade. On les accuse aussi parfois d’être de simples mixeurs de sons et mélodies choisies (volées ?) ailleurs.

Sam, de Club Cheval, s’en défend : « Notre musique est 100 % originale. En France, il y a étrangement toujours ce besoin de réexpliquer d’où vient la musique électronique. Pour nous, la France a été le territoire le plus difficile à conquérir. On a surtout une fan base aux Etats-Unis à cause de nos carrières solos. Il y a une innocence, une naïveté aux Etats-Unis en matière de musiques électroniques. La house est née chez eux et ils ne le savent même pas. En France, on a déjà tout vu, on est revenu de tout. »

Geek Power

S’ils ne composent pas toujours leurs musiques, Synapson et The Avener mettent en avant leur passion du son et leur connaissance technique sans faille de la production musicale. « Très vite, à nos débuts, on a ressenti le besoin de maîtriser la chaîne audio de début à la fin, explique les deux amis d’enfance de Synapson. C’était sans doute pour nous rassurer. Pour nous, la prochaine étape sera d’avoir nos propres compos. On a toujours aimé le travail des samples et des boucles. On va essayer de les créer pour nous-mêmes. »

Que la scène électro pointue les boude importe peu aux yeux de ces artistes dont les disques se vendent bien et dont, surtout, les concerts affichent complets.Chouchous des festivals d’été, Synapson conçoit représenter un nouveau mainstream : « On fait danser les gens avec des mélodies agréables qui ne se limitent pas à du tac-tac-boum. Alors bien sûr, ça marche. Qui a dit que la musique devait être un truc forcément compliqué ? »