Festival de Cannes: Comment être sûr que votre film va se faire siffler sur la Croisette?

BOUH Après Olivier Assayas, Xavier Dolan, Nicolas Winding Refn, au tour de Sean Penn de se faire siffler au festival de Cannes...

V. J. et F.R.

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Image extraite du film «Gremlins» de Joe Dante
Image extraite du film «Gremlins» de Joe Dante — Warner Bros.

Olivier Assayas, Xavier Dolan, Nicolas Winding Refn et ce vendredi Sean Penn. Tous ont vu ces derniers jours leurs films hués à Cannes. Non pas lors de la présentation officielle, avec l’équipe dans la salle et donc les applaudissements de rigueur, mais à la projection presse. De La Grande Bouffe à Juste la fin du monde en passant par Sous le soleil de Satan ou The Brown Bunny, Cannes ne serait pas vraiment Cannes sans son festival de sifflets. Mais comment être sûr de décrocher le Facepalm d’or ?

  • Soyez très attendu

Descendre sur la Croisette, c’est bien. Mais y être attendu, sous-entendu « au tournant », c’est mieux. Si le test du deuxième ou troisième long-métrage est déjà délicat (Andrea Arnold ou Alain Guiraudie cette année), imaginez que vous en soyez à votre quatorzième sélection (Woody Allen), à votre dixième (Jim Jarmush). Ou à votre huitième, comme Olivier Assayas. Ce dernier avait mis (plus ou moins) tout le monde d’accord avec Sils Maria. Il a donc décidé de revenir avec Personal Shopper avec la même star hollywoodienne, Kristen Stewart. Banco : on ne vous le pardonnera pas. Hashtag #lapression.

Mais vous pouvez aussi être déjà « le boss de la Croisette » (Xavier Dolan), vous offrir le meilleur du cinéma français (Marion Cotillard, Léa Seydoux, Vincent Cassel, Gaspard Ulliel) et présenter « votre meilleur film » (Juste la fin du monde). Ça marche pas mal aussi pour se faire détester.

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  • Soyez sur un piédestal

« Au soleil. Quand le cœur n’y est plus, brûler ce que l’on adore. » (Oui, on est comme ça, on cite Jenifer.) Sous le cagnard de la Croisette, les critiques s'approprient ces sages paroles. Aussi, si vous êtes un chouchou des journalistes, attendez-vous tôt ou tard à être déchus de votre piédestal par les mêmes personnes qui vous ont portées aux nues. Vous n’échapperez pas à la règle des trois L - « On lèche, on lâche, on lynche » - qui régit le jeu médiatique.

Ainsi, comme Xavier Dolan que le Festival a placé en orbite dès la présentation acclamée de son premier film, J’ai tué ma mère, en 2009, vous verrez votre aura décroître au fil des ans. Le prix du jury remis à Mommy en 2014 lui avait valu quelques tacles, mais c’est cette année, pour son Juste la fin du monde copieusement sifflé, la presse lui a fait dévaler les marches du Palais des festivals.

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Traitement identique pour Nicolas Winding Refn qui a donné des orgasmes aux journalistes avec Drive en 2011, avant qu’ils ne lui fassent le coup de la déprime post-coïtale devant Only God Forgives et de l’auberge du cul tourné cette année face à The Neon Demon. L’an dernier, Gus Van Sant -palmedorisé en 2003 avec Elephant- subissait le même sort avec sa Forêt des songes. Qui aime bien châtie bien.

  • Soyez radical

Avec le succès public et critique vient souvent la liberté. La liberté artistique. Lorsque Maurice Pialat présente Sous le soleil de Satan en 1987, il s’agit de son huitième film, il a eu un César pour A nos amours et a permis à Jean Yanne de décrocher un prix d’interprétation cannois pour Nous ne vieillirons pas ensemble. «  YOLO », se dit-il (à peu près), se faisant plus iconoclaste que jamais en adaptant Georges Bernanos. Effet Kiss-Cool, il décroche la Palme d’or (glop) sous les sifflets des journalistes (pas glop) : « Je suis surtout content ce soir pour tous les cris que vous m’adressez. Et si vous ne m’aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus. »

Idem pour Richard Kelly, mais avec moins de panache. Après la révélation Donnie Darko, le jeune réalisateur a débarqué en compétition en 2006 avec un montage non-définitif de Southland Tales, un projet fou, total, insaisissable et pourtant bourré de stars : Justin Timberlake, The Rock, Sarah Michelle Gellar, Christophe Lambert. Bref, un gros potentiel de « Kesékça ? » Résultat : l’incompréhension est totale. Le film ne sortira jamais sur les écrans français et le réalisateur ne s’en remettra jamais vraiment.

Nicolas Winding Refn a fait à peu près la même chose après le phénomène Drive, se libérant de toute obligation narrative pour laisser libre cours à ses obessions d’esthète dans Only God Forgives puis The Neon Demon. Sinon, un viol en plan séquence (Irréversible signé Gaspar Noé) ou une fellation en gros plan (The Brown Bunny de Vincent Gallo) sont assez radicaux pour faire leur petit effet et pousser la foule à hurler au scandale.

  • Soyez en compétition en deuxième semaine

Au début du festival, les journalistes sont frais, ont des étoiles dans les yeux, foi en le cinéma, tous les cinémas. Mais après cinq films, quatre heures de sommeil et trois fêtes open bar par jour, ils entament la deuxième semaine de festival à fleur de peau. Les yeux sont ouverts, mais cernés, et il suffit qu’une proposition soit radicale, différente, inattendue pour provoquer des réactions épidermiques, extrêmes. The Neon Demon ? Une publicité pour parfum (rires) ! Juste la fin du monde ? Une caricature ! (ouhhhh)

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  • Bonus : Ratez votre film

La solution la plus simple est de se planter, de rater son film. Car si Olivier Assayas, Nicolas Winding Refn et Xavier Dolan ont essuyé des sifflets, quelques applaudissements ont pu aussi se faire entendre. Et les réactions sur Twitter et dans la presse ont été plus nuancées, bien que polarisées. Alors que si vous vous loupez, que vous réalisez un mauvais film comme Gus Van Sant avec La Forêt des songes l’édition précédente ou Sean Penn avec The Last Face cette année, c’est les huées assurées. Les moins inspirés vous donneront même du « Gus Van Chiant » ou du « Sean Peine ». Hourra ?