Comment être sûr qu’un membre de sa famille ne travaille pas pour le KGB?

DOUBLE JEU Ils ne s'en étaient jamais douté, pourtant leurs parents étaients des agents des renseignements russes...

Aude Massiot

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L'acteur Mathew Rhys dans le rôle de Philipp Jennings, un agent du KGB infiltré aux Etats-Unis, dans la série The Americans.
L'acteur Mathew Rhys dans le rôle de Philipp Jennings, un agent du KGB infiltré aux Etats-Unis, dans la série The Americans. — James Minchin/FX

En apparence, les Jennings sont une famille américaine comme il en existe des millions. Un beau couple amoureux et deux enfants qu’il chérit. Là s’arrête le tableau idéal. Les deux adultes sont en réalité des membres du KGB infiltrés aux Etats-Unis dans les années 1980, en pleine guerre froide. Voilà le pitch de la série The Americans de Fx, dont la saison 5 se prépare pour l’an prochain. Contre toute attente, cette fiction aux multiples rebondissements s’est révélée pas si loin de la réalité.

Une photo de Tracey Foley prise par la FBI lors de leur filature, ayant mené à son arrestation le 27 juin 2010.
Une photo de Tracey Foley prise par la FBI lors de leur filature, ayant mené à son arrestation le 27 juin 2010. - FBI

Le Guardian publiait récemment le témoignage de deux jeunes Canadiens ayant découvert que leurs parents étaient des infiltrés du SVR (service qui a remplacé le KGB en 1991) aux Etats-Unis. Ces derniers ont été arrêtés en 2010 par le FBI. « Je n’ai jamais eu le moindre doute concernant mes parents, maintient Alex Foley, le benjamin des garçons, au Guardian. J’avais même souvent l’impression que les parents de mes amis avaient des vies beaucoup plus excitantes que les miens. »

Comme quoi les Foley/Bezrukov étaient bien des professionnels. En 20 ans, ni leurs enfants ni leurs proches n’ont vu quoique ce soit de suspect dans leur comportement. Cela peut sembler incroyable, mais qui peut affirmer avec certitude que ses proches font bien le métier qu’ils prétendent ? Voici quelques pistes pour le savoir.

Cible n°1 : ses parents

Tout d’abord, peu probable que vos géniteurs soient des espions étrangers introduits dans votre pays de naissance, à l’image du couple Foley. Ce type de missions d’infiltration de longue durée n’existe plus, affirme Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (Cf2r). Ce sont des vestiges de la guerre froide, dont les Russes étaient spécialistes.

Reste ensuite la possibilité que maman ou papa soit membre des renseignements de votre propre pays, en charge de besognes secrètes et dangereuses. « Aujourd’hui, les missions à l’étranger sont généralement de quelques mois, et la famille ne voyage pas avec les membres des services de renseignement », décrit Eric Denécé.

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Si c’était le cas de vos parents, il y a quelques chances que vous le sachiez. « Certains membres des services de renseignement attendent pour dire la vérité à leurs enfants qu’ils soient assez âgés pour la comprendre et surtout pour garder le secret, explique Jacqueline V. Eyl, directrice du service Education du musée international de l’espionnage, à Washington. Pendant ce temps-là, les enfants pensent généralement que leurs parents exercent le métier qu’ils utilisent comme couverture. D’ailleurs, pour maintenir l’illusion, ils y travaillent vraiment pendant la journée, et le reste du temps exercent comme agents des services de renseignement. » Un indice : ils sont très souvent fonctionnaires au Ministère de la Défense ou des Affaires étrangères (ou leurs équivalents à l’étranger) pour que leur couverture soit crédible.

Cible n°2 : son conjoint

Si votre moitié est membre de la DGSE ou de la CIA, vous avez beaucoup de chances de déjà le savoir. Si le contenu des missions reste secret, les partenaires sont très souvent au courant qu’ils fréquentent un membre des services de renseignements. « Il ne s'agit pas de décrire exactement le contenu de leur travail ou de mentir en s'inventant une autre identité. Il leur est plutôt demandé de garder une certaine discrétion en restant élusif sur la réalité de leur métier », décrit Phillipe Hayez, responsable des enseignements sur le renseignement à Sciences po Paris et ancien de la DGSE.

Peu de secrets pour sa moitié donc. La hiérarchie recommanderait même vivement aux fonctionnaires concernés de prévenir leur copain ou copine qu’il peut leur arriver des incidents lors de leurs déplacements. 

« Ce type de vie professionnelle est déjà assez compliqué, alors si vous ne pouvez pas en parler à votre conjoint cela deviendrait ingérable, explique Phillipe Hayez. Les personnes recrutées ont des vies normales et qui doivent le rester pour que le travail soit bien fait et qu'il n'y ait pas de fuites.» Laisser le personnel avoir une vie personnelle (presque) comme les autres est un moyen de réduire leur vulnérabilité. 

Entre les horaires décalés, les voyages fréquents à l’étranger, et les réponses élusives sur leur emploi du temps, les agents ont tout intérêt à dire la vérité à leur partenaire, s’ils ne veulent pas risquer de mettre leur couple en péril. Mais aucune obligation n’existe, le secret reste une question de choix.

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