Audio-livres: Qui sont les donneurs de voix?

BENEVOLAT Ils donnent de leur temps pour créer des audio-livres destinés aux mal-voyants...

Coralie Lemke

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Les bénévoles enregistrent les livres avec leur propre matériel.
Les bénévoles enregistrent les livres avec leur propre matériel. — ASSOCIATION DES DONNEURS DE VOIX

Ils passent des heures à lire des livres à haute voix pour alimenter les bibliothèques sonores de France. Les donneurs de voix enregistrent des ouvrages entiers pour l’Association des donneurs de voix. Elle se charge de prêter gratuitement les livres sonores aux personnes malvoyantes, aveugles ou atteintes de dyslexie. Pour les bénévoles, c’est un exercice de style périlleux, au carrefour de l’interprétation de texte et de performance vocale.

Martine Croze, a commencé à lire à haute voix il y a 7 ans. A l’époque, tout se faisait encore sur cassette. Aujourd’hui parisienne et retraitée, elle continue d’alimenter le stock de livres disponibles dans les bibliothèques sonores. « Le plaisir de la lecture, c’est aussi de pouvoir partager ce qu’on a aimé », raconte cette ancienne enseignante, qui explique n’avoir aucune formation dans la lecture de livres.

Eliminer les bruits de bouche

« Il faut commencer petit, pour pouvoir vaincre les contraintes techniques », prévient-elle sur un ton posé. Les donneurs de voix s’enregistrent eux-mêmes chez eux, avec un micro, et montent aussi leurs pistes sonores grâce à un logiciel spécial téléchargeable sur internet. « Il faut aussi savoir s’affranchir complètement des bruits de bouche », complète Pascal Carrette, président de la Bibliothèque sonore de Paris. Une prononciation nette et un certain savoir-faire informatique : voilà les deux pré-requis indispensables pour devenir bénévole.

Ce n’est qu’après cela que la lecture peut devenir un plaisir. « On lit de tout. C’est le bénévole qui choisit ce qu’il va enregistrer », raconte Martine Croze. « Il y a aussi une liste de livres qui sont en attente d’être lus. On peut choisir de piocher dedans ou non. » Son choix à elle s’est récemment porté sur Mapuche de Caryl Férey, un thriller au sein de la communauté aborigène argentine.

La voix dégage une émotion

Martine lit aussi beaucoup de romans policiers. « C’est très intéressant à lire à haute voix. Il y a des accélérations dans l’action qu’il faut bien faire passer. On baisse aussi le ton quand les personnages chuchotent. » Une vivacité du récit à laquelle Pascal Carette accorde beaucoup d’importance. « La voix est une matière formidable, elle dégage une émotion. Et quelqu’un qui ne voit plus développe une ouïe fine, il y est d’autant plus sensible. »

Le plus dur, pour Martine Croze, ce sont les livres qui ne sont pas des romans. Dernièrement, elle a terminé le deuxième tome d’Histoire des femmes en Occident de Georges Duby. « Quand le texte est aride, il faut réussir à mettre des nuances et maintenir l’intérêt de l’auditeur. Sinon, on le perd. »

Elle a bien conscience d’être responsable du sens qu’elle donne au texte et prend sa mission très à cœur. Reconnue d’utilité publique, l’association n’a pas à s’acquitter de droits d’auteurs pour la reproduction audio des œuvres. Elle envoie ses audio-livres gratuitement par la poste suite à un accord avec le ministère de la Culture.

En tout, 8600 ouvrages sont disponibles à Paris. Un stock audio monumental qui s’est construit grâce aux 80 bénévoles de l’association. « Nous avons beaucoup d’artistes, de gens issus du monde du théâtre. Des gens qui savent poser leur voix », précise Pascal Carrette. Et ils doivent aimer la solitude, car la lecture prend beaucoup de temps. Un bénévole moyen enregistre un livre en moyenne en trois mois, à raison d’un peu plus d’une heure de lecture par semaine.