« Comme une voiture qui hurle en côte »

Recueillis pas Bastien Bonnefous - ©2007 20 minutes

— 

Olivier Adam

Ecrivain, auteur de

A l'abri de rien (L'Olivier).

Comment est né ce roman ?

Il est né d'un lieu, Calais, que j'ai découvert en 2003 un an avant la fermeture de Sangatte, et autour du personnage de Marie, une héroïne un peu cassavetienne qui va aider les réfugiés. Calais, ses ferries, ses falaises, ça m'a parlé. Je bossais avec des gamines en bac pro service. Elles appelaient ça le « bac pro pétasse ». Marie est une de ces filles dix ans plus tard avec mari, enfants, petit pavillon et chômage.

Il y a surtout les réfugiés ?

Ce n'était pas calculé, je ne suis pas allé à Calais en me disant je vais écrire sur les migrants. Mais les voir par dizaines faire la queue avec, au bout, quelques bonnes femmes avec des marmites et de la soupe... Les premières images que j'ai eues du livre, c'est Marie donnant toutes ses fringues aux réfugiés et son fils qui la regarde partir dans la nuit.

Le tout dans un style sec...

A l'abri de rien, c'est une voix tendue, comme une voiture qui hurle en seconde en côte. Un côté guitare-voix, rugueux.

On vous présente comme le romancier des classes moyennes. Ça vous énerve ?

On écrit sur ce qu'on connaît. J'ai grandi dans les banlieues de l'Essonne. Cette France du milieu, à la fois majoritaire et invisible, c'est mon monde. Je ne lui porte pas de regard distancié ou cynique. Le supermarché, le RER, les meubles Conforama... : c'est la vie, pas la mine. Les soi-disant cons qui vivent dans ces pavillons et regardent la télé tous les soirs, ce sont mes parents, mes amis, les parents de mes amis... ce sont des millions de gens.

Pas très Saint-Germain- des-Prés tout ça...

Je ne vais pas dans le sens du bon goût officiel de la littérature française. Mais je n'ai jamais pensé à plaire ou à déplaire, j'écris des livres que j'ai d'abord envie de lire, c'est tout.

Au point d'être favori pour le Goncourt...

Je constate une attention sur ma petite personne, mais Philippe Djian n'a jamais eu de prix, il s'est fait étriller pendant des années et il est toujours là, il fait son truc. J'aime bien ça.