Mais pourquoi chante-t-on en yaourt?

Musique  On ne compte plus le nombre de tubes massacrés par le fameux « chant en yaourt »…

Jeanne Bartoli

— 

Et vous, quelle chanson avez-vous tendance à écorcher?
Et vous, quelle chanson avez-vous tendance à écorcher? — OJO Images/REX/SIPA

Il y a ceux qui assument et ceux qui lèvent les yeux au ciel en rappelant « qu’ils ont fait un Erasmus en Angleterre ». Pratique certes un peu honteuse, nous sommes pourtant très nombreux à « chanter en yaourt ». Autrement dit, à prononcer des sons qui ressemblent à des paroles mais qui n’en sont malheureusement pas. Le tout à voix haute. Et contrairement à une idée reçue, ce n’est pas uniquement parce qu’on ne connait pas les paroles.

Responsable du café du Châtelet à Paris, Frédéric voit défiler tous les vendredis et samedis des chanteurs amateurs lors de sessions karaoké. Du chant en yaourt ? « Ca nous arrive, il y en a », confie-t-il, avouant parfois « rire sur certains morceaux ». Avec le temps, le gérant a même en tête la playlist des chanteurs dont les titres sont les plus écorchés. « Il y a La Reine des Neiges, les Spice Girl, Maria Carey et Shakira », liste-t-il avant d’ajouter « Shakira, les gens l’aiment beaucoup mais ils chantent très mal ses chansons».

Rassurez-vous, chanter en yaourt, c’est plutôt normal

Pour Corinne Loie, chanteuse lyrique et orthophoniste chargée de prévention à la MGEN, chanter en yaourt n’a rien d’étonnant. « Quand on chante dans sa langue, on comprend ce qu’on dit, on se rapproche de la voix parlée. Quand on chante dans une autre langue, on se concentre sur la mélodie. On est dans le son.» Autrement dit, peu importe les paroles, ce qui importe c’est la musicalité. D’où votre mic-mac vocal sur Whenever, Wherever de Shakira, emporté que vous êtes par la mélodie (et les mojitos).

Cette thèse balaie également le yaourt version française. « Quand on ne connait pas les paroles en français, on va segmenter et faire du parler-chanter », explique Corinne Loie. Autrement dit, s’accrocher aux mots, plus qu’au son. Essayez de chanter L’homme pressé de Noir désir, vous comprendrez.

Un privilège de l’anglais ?

Si les chansons Dagostea din tei (O zone) et 99 Lufballons (Nena) sont entrés au panthéon du chant en yaourt, la pratique est souvent réservée aux chansons en anglais. « En français, nous mettons plus d’énergie dans les articulateurs. En anglais, pour bien chanter il faut relâcher son articulation » explique Claire Pillot-Loiseau, orthophoniste et maître de conférences en phonétique à l’Université Paris 3. « Dans une chanson en allemand, on ne se comporterait pas comme ça. D’ailleurs quand on caricature les allemands, on met en avant les consonnes », explique la chercheuse.

Maître de Conférence en anglais à l’Université Paris 8, Nadine Herry-Benit avance de son côté l’hypothèse de la difficulté à comprendre l’anglais. « L’accent n’est pas du tout mis au même endroit qu’en français, ça donne un rythme très différent. Les attaques sont mises au début ou au milieu des mots. Celles qui suivent sont réduites à des sons minimaux difficiles à comprendre ».  D’où nos tentatives de répéter ce qu’on a l’impression d’entendre.

En général, la chercheuse explique que pour « poser sa voix », on a tendance à se concentrer sur la prononciation des voyelles, « on les fait trainer », explique-t-elle, d’où l’effet yaourt. N’ayez donc pas ou plus honte, chanter en yaourt est parfaitement normal.

Et vous, vous aimez chanter en yaourt ? Envoyez-nous vos meilleures performances à contribution@20minutes.fr