Le végétarisme fait ses entrées au cinéma

Grand écran L'industrie cinématographique est de plus en plus influencée par la Veggie Attitude...

Aude Massiot

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James Cameron, avec son film Avatar, a offert au grand public une fable écologique sur la nécessité de  préserver les espèces animales.
James Cameron, avec son film Avatar, a offert au grand public une fable écologique sur la nécessité de préserver les espèces animales. — Twentieth Century Fox France

« Je ne veux plus manger de cadavres », annonce l’adolescent devant son assiette. « Mais ce n’est pas un cadavre ! » Dans Des nouvelles de la planète Mars, sorti en mars dernier, le personnage principal incarné par François Damiens, tente tant bien que mal de convaincre son fils de délaisser le végétarisme, régime qu’il vient d’adopter.

Depuis quelques années, de telles références plus ou moins appuyées au refus de manger des produits animaux essaiment les films français et internationaux. Les militants pro-végétarisme auraient-ils réussi à faire passer leurs idées même devant les caméras des cinéastes ? C’est en tout cas le but de plusieurs organisations internationales qui travaillent directement avec les acteurs de l’industrie cinématographique pour les rendre plus « vegan friendly ».

Le softpower végétarien

Pourquoi les films ? Tout simplement parce que « c’est le média parfait pour inspirer les gens, explique Hannah Jarratt, directrice de l’organisation caritative Doing the green thing. Le cinéma est supposé refléter la vie quotidienne. C’est tout ce que nous demandons. »

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Publiée sur le site de l’ONG, une vidéo incite ainsi les scénaristes à inclure dans leurs textes des éléments de vie courante, comme par exemple, un personnage qui serait végétarien sans que ce ne soit un élément de l’intrigue, ou deux personnes qui commandent un plat vegan sans que l’accent ne soit mis sur ce choix. « Notre action a eu une résonance internationale, affirme la directrice de l’ONG. Nous avons été contactés par plusieurs organisations étrangères qui voudraient prendre le relais dans leur pays. »

Aux Etats-unis, l’Environnemental Media Association (EMA), basée à Beverly Hills, creuse son sillon depuis 1989 à Hollywood. L’association discute ainsi avec les producteurs de blockbusters pour tenter de changer les habitudes prises dans les coulisses des films.

Les tables de la régie, qui offrent aux équipes techniques et aux acteurs, en-cas et boissons, sont particulièrement visées. Le but : que des repas alternatifs végétariens soient proposés. Elles avaient déjà subi les exigences de plusieurs stars du grand écran.

Des acteurs égéries de la cause

Joaquin Phoenix, Ellen Page, James Cameron, Nathalie Portman ou encore Jared Leto, les acteurs sont aujourd’hui nombreux a affiché officiellement leur végétarisme ou végétalisme. Et la liste est encore longue. « C’est important que des personnalités prennent position publiquement sur ces causes. Mais il faudrait maintenant que le débat ne soit plus une question individuelle », regrette Hannah Jaratt.

Dans Valley of Love, de Guillaume Nicloux, le personnage joué par Isabelle Huppert annonce à son ex-mari être devenue végétarienne.
Dans Valley of Love, de Guillaume Nicloux, le personnage joué par Isabelle Huppert annonce à son ex-mari être devenue végétarienne. - Copyright Le Pacte

C’est tout de même un moyen pour les idées pro-végétarisme de s’immiscer au cinéma. « James Cameron, avec son film Avatar, sorti en 2009, a réalisé le plus grand film pour la cause animale à portée internationale. Et il n’était pas encore vegan lors de sa réalisation », raconte Camille Brunel, journaliste spécialiste du cinéma et auteur de la conférence “L’animal, le film et le végétarien”, au Forum des images de Paris, le 8 avril dernier.

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Et la France dans tout ça

Dans le cinéma français, la sensibilisation à la cause animale est encore loin d’être répandue. Camille Brunel regrette ainsi que, dans le pays, « les associations ne s’investissent pas pour atteindre les producteurs de films populaires. La sortie d’un long-métrage comme Barbecue(2014), par exemple, a été un rendez-vous manqué ».

Dans La Famille Bélier d'Eric Lartigau, Paula, la personnage principale, se prend d'amitié pour un veau promis à l'abattoir.
Dans La Famille Bélier d'Eric Lartigau, Paula, la personnage principale, se prend d'amitié pour un veau promis à l'abattoir. - Copyright Mars Distribution

En effet, pour l’instant, les structures françaises, avec le peu de moyens financiers qu’elles possèdent, misent plus sur la diffusion de documentaires engagés ou l’organisation de conférences pour toucher la population. Seulement par ces moyens, elles s’adressent à un public déjà intéressé par ces questions. En France, l’ère du cinéma vegan semble donc encore bien loin.