Eurovision: Pourquoi les Français aiment mépriser le concours

MUSIQUE Alors que la 61e finale de l’Eurovision se déroulera samedi en Suède, l’exception culturelle française visant à médire sur l’événement perdure, à moins que les choses ne changent cette année…

Fabien Randanne

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Amir (2e en partant de la gauche), candidat de la France à l'Eurovision 2016 entouré de Stéphane Bern, Marianne James et Jarry, qui commenteront les demi-finales et/ou la finale.
Amir (2e en partant de la gauche), candidat de la France à l'Eurovision 2016 entouré de Stéphane Bern, Marianne James et Jarry, qui commenteront les demi-finales et/ou la finale. — Nathalie Guyon - FTV

« C’est bon, nous serons encore les derniers », « Dans le top 5… en partant de la fin, bien sûr ! », « Là, on est sûr de perdre, comme d’habitude ». Ces commentaires de lecteurs de 20 Minutes, débusqués sous des articles évoquant le choix d’Amir et de sa chanson J’ai cherché pour représenter la France à l’Eurovision, sont significatifs du syndrome qui se répand tous les ans dans l’Hexagone à l’approche du concours.

Une épidémie de cynisme et de pessimisme qu’à part les Britanniques aucun peuple européen ne semble prêt à nous disputer. Si en France l’Eurovision est regardée de haut, dans d’autres pays, elle est immanquable. 95,5 % des Islandais, 85,6 % des Suédois ou 59,9 % des Autrichiens, par exemple, ont suivi la finale de la dernière édition à la télévision… Chez nous, le show a permis à France 2 d’arriver en tête des audiences, mais avec « seulement » 4,4 millions de téléspectateurs, soit 27,6 % de part d’audience.

« On s’est pris une gifle à Vienne »

« Il n’y a qu’en France où la cérémonie est considérée comme ringarde », note Nathalie André, la directrice des divertissements de France 2*. Stéphane Bern, qui commentait le show avec Marianne James en direct de la capitale autrichienne l’an passé, et qui officiera à nouveau depuis Stockholm (Suède) cette année, confirme : « On s’est pris une gifle à Vienne quand on a vu le show. C’était digne de Madonna, Mariah Carey, Rihanna… C’est novateur, ça bouge, c’est extraordinaire ! » Dont acte cette année, la chanson sélectionnée pour la France est davantage dans l’air du temps que le N’oubliez pas de 2015 et le choix est pertinent : Amir figure parmi les favoris.

Mais il en faut sans doute davantage pour guérir l’aversion d’une partie du public français pour un événement qu’il connaît, en définitive, assez mal. « Le concours est sans cesse tourné en dérision dans certaines émissions, comme Le Petit journal, où ce sont toujours les mêmes extraits "pittoresques" qui sont diffusés », déplore Benoît Blaszczyk, secrétaire d' Eurofans, fan-club français de l’Eurovision. Résultat : dans l’esprit de beaucoup, l’événement est bien plus kitsch qu’il ne l’est en réalité. Mais là encore, plutôt que de se délecter de la dimension fun du concours, certains continuent de faire la fine bouche.

« Quand ça fait rêver, on a besoin de critiquer »

« Les Français ont tendance à avoir la critique très facile envers ce qui est populaire. Pourtant, l’Eurovision, ça reste du divertissement, note Elodie Gossuin, qui annoncera cette année les points du jury français. Quand c’est inoffensif, que ça fait rêver, on a besoin de critiquer alors qu’en ce moment on a particulièrement besoin d’un peu de légèreté. » Stéphane Bern, qui fustige « les Parisiens cyniques, prétentieux, qui trouvent que cette culture populaire est insupportable », ne dit pas autre chose : « C’est un grand événement populaire, sympathique, qui donne du sens car il offre une occasion de parler de l’Europe d’une manière formidable. »

« Les Français souffriraient-ils d’un désamour de l’Europe ? », se demande de son côté Benoît Blaszczyk. Mais inutile de débattre du Traité de Maastricht, la raison du désintérêt des frenchies pour l’Eurovision est peut-être plus prosaïque que cela. Les résultats tricolores décevants de ces dernières années ont indéniablement contribué à égratigner l’orgueil national et à mettre les cocoricos en sourdine. « Trente-neuf ans sans gagner [depuis Marie Myriam en 1977], ça fait long ! Les chansons représentant la France certaines années témoignaient peut-être d’un souhait de participer davantage que de gagner », avance le secrétaire d’Eurofans.

Or, qu’on se le dise, France 2 n’a pas ménagé ses efforts afin que, cette année, la France retrouve le haut du classement. Pour le moment, la stratégie est gagnante :  le morceau d’Amir a séduit l’Europe. Il ne reste plus qu’à concrétiser cette cote d’amour - quelque peu égratignée lors des répétitions - en engrangeant le maximum de « 12 points » lors de la finale, ce samedi 14 mai. Devant les yeux ébahis et admiratifs de millions de téléspectateurs français ?

* La finale sera diffusée samedi en direct sur France 2, dès 21 h et sera commentée par Marianne James et Stéphane Bern. Les demi-finales seront diffusées en direct, mardi et jeudi, sur France 4, dès 21 h et seront commentées par Marianne James et Jarry.