Le dessinateur et caricaturiste Siné est mort à 87 ans

DESSIN Il est mort des suites d'une opération à l'hôpital Bichat, à Paris...

M.P.
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Le caricaturiste Siné à Montreuil en septembre 2009
Le caricaturiste Siné à Montreuil en septembre 2009 — CAPMAN/SIPA

Le dessinateur et caricaturiste Siné est mort à 87 ans ce jeudi 5 mai à l’hôpital Bichat, après une opération, annonce le mensuel qu’il avait créé, Siné Mensuel, sur sa page Facebook.

Ce jeudi 5 mai, à 8 heures, le dessinateur Siné est décédé à l’hôpital Bichat des suites d’une opération. Avant-hier,...

Publié par Siné Mensuel sur jeudi 5 mai 2016

« Il devait subir cette nuit une grave opération du poumon », a indiqué à l’AFP l’avocat de la famille, Me Dominique Tricaud. « Mais même gravement malade il avait encore dessiné lui-même la dernière couverture de Siné Mensuel », a-t-il ajouté.

L’ex-figure de Charlie Hebdo, où il a travaillé pendant 27 ans avant de quitter l’hebdomadaire en 2008 avec pertes et fracas après des accusations d’antisémitisme, était gravement malade, malgré la rémission de son cancer. Dans le dernier numéro de Siné Mensuel, il prévenait ses lecteurs de son opération à venir ce mercredi et expliquait qu’il pensait beaucoup à sa mort ces derniers temps, comme en témoigne sa dernière chronique intitulée, « ça m’énerve grave ».

« Banzaï malgré tout »

« Depuis quelque temps, (…) je ne pense, depuis quelque temps, qu’à ma disparition prochaine, sinon imminente, et sens la mort qui rôde et fouine sans arrêt autour de moi comme un cochon truffier. Mon moral, d’habitude d’acier, ressemble le plus souvent maintenant à du mou de veau ! C’est horriblement chiant de ne penser obsessionnellement qu’à sa mort qui approche, à ses futures obsèques et au chagrin de ses proches ! Je pense aussi à tous les enculés qui vont se frotter les mains et ça m’énerve grave de crever avant eux ! », écrivait-il notamment, concluant par un « et banzaï malgré tout ! ».

D’après France info, le dessinateur sera enterré au cimetière de Montmartre où il a déjà « installé sa tombe, un cactus qui rappelle un doigt d’honneur », sur laquelle il a fait inscrire « mourir, plutôt crever ».

C’est en 2008 que cet athée militant, voire radical, a été licencié par Charlie Hebdo à la suite d’une brouille homérique avec Philippe Val, après une chronique qualifiée d’antisémite touchant Jean Sarkozy. Sur le fils du président, qui n’avait pas été poursuivi pour un délit de fuite en scooter, le caricaturiste notait : « Le parquet (encore lui !) a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! ». En 2010 toutefois, la justice avait jugé que cet article n’était pas antisémite.

Loin de reposer ses crayons, Siné avait alors créé Siné Hebdo puis Siné mensuel.

Malgré une rancune tenace notamment contre Philippe Val, Siné avait repris, de manière épisodique, ses dessins dans Charlie Hebdo, surtout après l’attentat qui a décimé la rédaction en janvier 2015.

Sur Twitter, beaucoup d’internautes rendaient hommage à son coup de crayon sans concession.