Saint-Denis: Le 6b, friche industrielle devenue fabrique à rêves

CREATION Lieu de travail commun et espace culturel, le 6b propose un modèle économique unique en son genre...

Aude Massiot

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La plage du 6b, à Saint-Denis (93), lors de leur fête d'anniversaire de leur cinq ans, en 2015.
La plage du 6b, à Saint-Denis (93), lors de leur fête d'anniversaire de leur cinq ans, en 2015. — Le6b

Des fils électriques pendent du plafond, les murs sont couverts de tags multicolores, un canapé défoncé accueille le nouveau venu dans la cafétéria. Le 6b a tout l’air d’un squat berlinois au premier abord. Seulement, dans ces 7.000 m² d’anciens bureaux d’Alstom à Saint-Denis (93), ce sont 200 personnes qui travaillent quotidiennement.

Peintres, street-artistes, stylistes, désigneurs, réalisateurs, mais aussi associations et entreprises d’économie sociale et solidaire, urbanistes et architectes louent un espace de travail pour s’adonner à leurs activités. « Nous accueillons 80% de métiers du champ culturel car c’est notre vocation initiale, rappelle Julien Beller, président de l’association qui gère le lieu, lui-même architecte indépendant. Les locaux sont loués à des prix très attractifs, si bien que la direction croule sous les demandes.

Le 6b, espace de coworking créatif et lieu de concerts et d'exposition occupe l'ancien siège social d'Alstom, à Saint-Denis (93).
Le 6b, espace de coworking créatif et lieu de concerts et d'exposition occupe l'ancien siège social d'Alstom, à Saint-Denis (93). - A.MASSIOT/20MINUTES

Situé à 200 mètres de la gare Saint-Denis du RER D, cet espace de “coworking créatif” est unique dans la région. Souvent considéré comme un lieu culturel, il propose au premier étage et au rez-de-chaussée des espaces d’exposition, de réunions, une salle de concerts et de répétition de danse. «On nous prend souvent pour un établissement public culturel, mais les subventions ne représentent que 15% à 20% de notre budget actuel de 900.000 euros », explique Julien Beller.

A l’origine, un no man’s land

Il y a six ans, le 6b est né de la volonté d’un groupe de jeunes créateurs indépendants à la recherche d’un lieu de travail pas trop cher. Parmi eux, la grande majorité sont dyonisiens. Ils investissent l’ancien siège social d’Alstom, à la confluence de la Seine et du canal de Saint-Denis. « Le cadre est magnifique, mais quand nous sommes arrivés c’était un no man’s land, raconte le président de l’association. Maintenant nous sommes au milieu d’un quartier en pleine transformation. » Une évolution à laquelle ils ont contribué.

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Leur rayonnement à travers toute l’Ile-de-France a redonné vie au quartier laissé à l’abandon. L’association peut même fièrement revendiquer avoir réussi à attirer des Parisiens à Saint-Denis. « Paris ne se suffit plus. Le nombre de lieux alternatifs a fortement diminué à cause de la pression foncière », assure Julien Beller. Eux ont l’espace et la liberté de proposer une programmation éclectique qui brasse large dans la conception de la culture.

Le 6b jouxte le canal de Saint-Denis (93), le long duquel a été aménagée une plage, envahie lors des concerts.
Le 6b jouxte le canal de Saint-Denis (93), le long duquel a été aménagée une plage, envahie lors des concerts. - A.MASSIOT/20MINUTES

Electro, folk, country, arts vivants, mais aussi sport, cuisine, bals, guinguette, construction de lieux éphémères, jardinerie et débats sont proposés tout au long de l’année. Intéressées par ce projet atypique, les institutions du Grand Paris se sont rapprochées de l’association depuis plusieurs années. Elles y voient un exemple abouti de ce qui pourrait être créé en termes de politique culturelle, dans cette nouvelle métropole qui s’étend à l’échelle de la petite couronne.

Changer de modèle

A la différence d’un lieu de culture institutionnel, le 6b peut se défendre de produire de la richesse par procuration. Les entreprises hébergées généreraient environ 5 millions d’euros de chiffres d’affaires cumulés par an. Mais seuls les revenus des loyers reviennent à l’association, des loyers par ailleurs volontairement bas et qui varient en fonction des projets.

Les couloirs du 6b à Saint-Denis (93) sont envahis de tags et collage de ses résidents.
Les couloirs du 6b à Saint-Denis (93) sont envahis de tags et collage de ses résidents. - A.MASSIOT/20MINUTES

Alors pour poursuivre son développement, l’association butte sur la question du financement. La Fabrique à rêves, leur festival réputé qui s’installait tous les étés depuis cinq ans sur le terrain du 6b n’aura pas lieu cette année. « Nous devons réfléchir à l’évolution de notre modèle juridique et économique pour les prochaines années, explique l’architecte. Nous aimerions devenir une structure plus durable et pouvoir réunir des fonds pour rénover le bâtiment. »

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Les lieux, en effet, « ne respectent pas les normes de sécurité », affirme le président de l’association. Avec un chauffage inefficace, un réseau électrique peu fiable et un ascenseur qui fait des siennes, le 6b compte sur le soutien de la commune pour obtenir des subventions et des aides privées afin d’effectuer les travaux.

Julien Beller va plus loin. Il estime que le lieu « devrait être soutenu par l’Etat au nom de la cohésion sociale et du désenclavement de la ville ». Il espère un jour pouvoir financer des médiateurs qui iraient dans les quartiers les plus enclavés de Saint-Denis pour proposer des activités culturelles du 6b. Ils n’en sont pas encore là.

Mathieu a installé son atelier Biceps de graphisme et de design culinaire au 6b, à Saint-Denis.
Mathieu a installé son atelier Biceps de graphisme et de design culinaire au 6b, à Saint-Denis. - A.MASSIOT/20MINUTES

En attendant, ils revendiquent avoir de bonnes relations avec leurs voisins, que ce soient les familles de Roms qui habitent dans une caravane sur leur terrain, ou les nouveaux arrivants de l’écoquartier récemment construit juste à côté. « Nous faisons moins de soirées attirant beaucoup de monde, et misons plus sur des actions en collaboration avec nos voisins, comme un jardin en permaculture que nous co-construisons », décrit Julien. Cela ne les empêche pas d’attirer les fans d’électro de la région avec leur Marathon électronique, organisé du 6 au 8 mai sur la plage du 6b.