Comédie musicale «Hamilton» : «Miranda a eu le courage et le génie d'utiliser le hip-hop pour explorer l’histoire américaine»

INTERVIEW Le spécialiste de Broadway, Jack Viertel, décrypte le succès historique de la comédie musicale «Hamilton» aux Etats-Unis…

Propos recueillis par Philippe Berry

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Lin-Manuel Miranda dans «Hamilton» à New York.
Lin-Manuel Miranda dans «Hamilton» à New York. — Joan Marcus/AP/SIPA

Du jamais vu. Mardi, la comédie musicale américaine Hamilton a décroché 16 nominations aux Tony Awards, les Oscars du théâtre. Déjà récompensée d’un prix Pulitzer et d’un Grammy, elle affiche déjà complet ou presque jusqu’en janvier 2017 à Broadway. Et rien ne semble pouvoir arrêter l’irrésistible succès de ce spectacle qui a pris le pari fou de retracer en hip-hop l’histoire du père fondateur américain Alexander Hamilton. Le vétéran de Broadway Jack Viertel, auteur du livre The Secret Life of the American Musical, analyse pour 20 Minutes ce succès aussi historique qu’inattendu.

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Comment situez-vous le succès d’Hamilton par rapport aux autres gros succès des dix dernières années à Broadway, que ce soit en termes d’impact sur le public et d’impact culturel ?

Hamilton fait partie de la poignée de blockbusters à succès qu’a connus Broadway au cours des dernières décennies, une liste qui inclut Le Roi Lion, Book of Mormon, Wicked, ou il y a 20 ans, Rent. Toutefois, je pense qu’elle va avoir un bien plus grand impact culturel, parce qu’elle traite simultanément d’un sujet contemporain et d’un sujet historique et parce qu’elle est écrite dans un langage qui est le cœur de la musique populaire d’aujourd’hui. Son casting multiculturel, le fait qu’elle parle des immigrants et qu’elle ose présenter les Pères fondateurs américains non pas comme ils étaient ou parlaient à leur époque mais comme l’Amérique est et parle aujourd’hui… tous ces facteurs rendent cette comédie musicale beaucoup plus audacieuse et hardie que ces prédécesseurs. Et pourtant, d’une certaine façon, elle s’intéresse au même sujet – la fondation de notre pays et ce que cela signifie d’être américain – que nombre de comédies musicales depuis Show Boat en 1927, Oklahoma ! En  1943, Hair en 1967, 1776 en 1969, etc.. C’est un grand sujet américain : qui sommes-nous ?

Est-ce que ce succès vous a surpris ?

Personne n’y était préparé jusqu’à ce qu’on entende des grondements avant l’ouverture des portes du Public Theatre, avant le transfert du spectacle sur Broadway. Et personne n’aurait pu prévoir sa célébrité mondiale instantanée. Le spectacle est maintenant connu pour être connu. Mais c’est son extraordinaire qualité qui lui a valu ces acclamations – nous vivons dans un monde où être célèbre signifie plus qu’il y a dix ans. Les réseaux sociaux et la communication instantanée y sont pour quelque chose.

Qu’est-ce qui distingue Lin-Manuel Miranda d’autres créateurs peut être plus traditionnels ?

Il écrit dans un nouveau langage, et a eu le courage et le génie de croire (avec raison) que le hip-hop pouvait être utilisé pour explorer l’histoire américaine d’une nouvelle façon. Et il maîtrise l’écriture de la comédie musicale traditionnelle, ce qui lui a permis d’utiliser cette extraordinaire nouvelle voix au service d’un cadre architectural bien construit et qui le soutient. Donc le spectacle est un magnifique édifice construit dans un style entièrement nouveau.