Triple dose de pur génie

Olivier Mimran - ©2007 20 minutes

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Robert Crumb, l'auteur de BD le plus « culte » de tous les temps, se fait désormais très rare : couronné en 1999 d'un grand prix du festival d'Angoulême, l'Américain coule aujourd'hui une retraite paisible dans le Gard. Les éditions Cornélius vont donc combler les fans de ce maître de l'irrévérence en sortant aujourd'hui trois de ses albums.

Dans Mes problèmes avec les femmes, Crumb donne raison à ceux qui le surnomment le «<2009>Jean-Jacques Rousseau de la BD » puisqu'il confesse, sans pudeur, ses inhibitions, ses frustrations et ses obsessions : ce recueil de courts récits vaguement autobiographiques (qui reprend et complète l'album Mes femmes, publié en 1989 par Albin Michel), révèle un personnage pitoyable, veule et pervers, incapable de développer la moindre relation. Il avoue ne devoir ses rares conquêtes qu'à la fascination qu'exerce son talent d'artiste accro au LSD.

Outre sa valeur autobiographique, cet album en noir et blanc est un témoignage précieux sur la culture psychédélique du début des années 1970, au plus fort de la libération sexuelle. Les rééditions de Mister Nostalgia, dans lequel Crumb célèbre les racines populaires du jazz, et de Sans issue, qui aligne une galerie de portraits dégénérés de l'Amérique profonde, achèvent de confirmer l'immense talent de cet auteur, qu'un certain puritanisme a hélas trop souvent occulté.