Eurovision: Pourquoi le secrétaire d'Etat à la Francophonie n'a pas vraiment de raison de s'énerver

MUSIQUE Ce lundi, André Vallini tempête contre le refrain en anglais de la chanson qui représentera la France à l'Eurovision, alors que c'est loin d'être une première...

Fabien Randanne

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André Vallini, secrétaire d'Etat à la Francophonie, et Amir, représentant de la France à l'Eurovision 2016.
André Vallini, secrétaire d'Etat à la Francophonie, et Amir, représentant de la France à l'Eurovision 2016. — Lionel BONAVENTURE / Elliott VERDIER / AFP

La chanson de la France pour l’Eurovision, J’ai cherché, a un refrain en anglais. « Un choix consternant et inacceptable » pour André Vallini, qui s’émeut ce lundi que « la langue française baisse pavillon ».

Le secrétaire d’Etat à la Francophonie aura mis du temps à s’indigner puisque, dès l’appel à candidatures lancé cet automne, France 2 se disait prête à écouter tout morceau dont les paroles sont « au minimum à 80 % en français », ce qui ouvrait de fait la voie à des textes polyglottes. Une possibilité validée par la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, et par le directeur de France 2, Vincent Meslet.

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« J’aimerais bien que monsieur Vallini soit avec nous, ce serait cool »

Amir a écrit J’ai cherché il y a un an et demi, en vue de son premier album – Au cœur de moi (Warner) – et non spécifiquement pour l’ Eurovision. La délégation française emmenée par Edoardo Grassi et Nathalie André, la directrice du pôle divertissements de France 2, a donc sélectionné ce titre en connaissance de cause et parce qu’elle entendait en lui un vainqueur potentiel.

« Il y a des polémiques qui sont bien plus graves, ce titre plait aux jeunes, plait à presque - j’ai envie de dire - toute la France, pour une fois, c’est rare… Il y a un très très fort engouement sur ce titre. Il est à 70 % en français, 30 % en anglais. (…) On va pour une fois à l’Eurovision avec toute la France avec nous, j’aimerais bien que monsieur Vallini soit avec nous, ce serait cool », a réagi Nathalie André lundi soir sur RTL.

Quoi qu’il en soit, l’argument de la francophonie égratignée à l’Eurovision est une rengaine connue. En 2008, le député UMP Jean-Michel Gonnot s’emportait face à la chanson Divine que Sébastien Tellier devait interpréter pour défendre les couleurs tricolores. Face au barouf, l’artiste avait consenti à ajouter quelques lignes dans la langue de Molière à son morceau : « Toi et moi, c’est comme tu sais, pour moi l’amour chante en français. » Cela n’a pas empêché le barbu de finir 19e.

La chanson des Bleus pour l’Euro également décriée

Un an plus tôt, les Fatals Picards n’ont pas été mieux lotis avec leur Amour à la française entonné en franglais – « I remember, jolie demoiselle, the last summer, nous, la tour Eiffel » –, qui les a renvoyés à la 22e place.

En revanche, on a tendance à l’oublier, mais Natasha Saint-Pier avait fini quatrième en 2001 avec Je n’ai que mon âme, dont l’un des couplets était interprété en anglais. Not bad, isn’t it ?

Et puis, la France a aussi été représentée par des chansons dans d’autres dialectes comme le créole haïtien (Monté la riviè en 1992), le corse (Mama Corsica en 1993 et Sognu en 2011) ou le breton (Diwanit bugale en 1996), sans que personne ne hurle au régionalisme ou à la francophonie bafouée.

André Vallini en a aussi après l’hymne des Bleus en vue de l’Euro, une reprise du I Was Made for Lovin’You de Kiss. En réalité, il ne s’agit pas d’un hymne officiel, mais d’une opération marketing de Carrefour qui a obtenu l’aval de la Fédération française de football, comme le souligne Le Monde. Mais là encore, en 1998, quand Zizou et compagnie s’égosillaient sur I Will Survive, qui aurait osé leur reprocher de ne pas avoir opté pour le Je survivrai de Régine ?