«Le Bureau des Légendes»: «Face à un agent de la DGSE, on pille tout ce qu’on peut», raconte le créateur, Eric Rochant

INTERVIEW «Le Bureau des légendes» est de retour ce lundi 9 mai sur Canal+ avec une saison 2 captivante. Fasciné par les espions depuis toujours, Eric Rochant en est le showrunner…

Propos recueillis par Annabelle Laurent

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Eric Rochant, showrunner du Bureau des Légendes. La saison 2 reprend le 9 mai 2016 sur Canal+.
Eric Rochant, showrunner du Bureau des Légendes. La saison 2 reprend le 9 mai 2016 sur Canal+. — Augustin Détienne/Canal+

Les espions l’ont toujours captivé, des Patriotes (1994) à Möbius (2013). Le cinéaste Eric Rochant a repris pour la saison 2 du Bureau des Légendes sa casquette de showrunner, un rôle pour lequel il focalise « toute son énergie sur l’écriture et le casting », nous dit-il quand nous le rencontrons début avril à la Cité du Cinéma. Pourquoi écrit-il sur les services secrets, et comment, puisqu’aucun agent ne viendra s’épancher et lui conter son quotidien ?

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L’an dernier, vous expliquiez avoir créé « Le Bureau des Légendes » pour raconter le point de vue dépassionné qu’ont les services secrets sur le monde…

Pour bien défendre le pays, il faut bien connaître le monde, bien connaître ses ennemis. Et pour cela, ne pas se faire d’idées a priori. Le regard que les services secrets portent sur le monde est un regard aigu et lucide, dénué de passion et d’idéologie, et ça, c’est très intéressant, et ça fait beaucoup bien, à l’heure où l’on débat tellement entre nous, où l’on polémique sur quelle est notre part de responsabilité dans ce qui nous arrive… Ces réflexions-là sont absentes dans les services secrets. Eux ont besoin de savoir qui fait quoi, pour quelles raisons. Ce sont ceux qui connaissent le mieux l’idéologie islamiste, ils savent exactement les nuances entre le salafisme quiétiste et le salafisme djihadiste, entre les chiites et les sunnites, etc.. Et c’est très sain d’avoir ce regard-là, dépassionné.

Vous avez présenté la saison 2 à la DGSE il y a quelques jours. Comment réagissent les agents ?

On a pu vérifier avec plaisir que ça les touchait. Ils nous ont dit que l’on décrivait bien leur quotidien et leur métier…

La salle de crise de la DGSE, épicentre du Bureau des Légendes.
La salle de crise de la DGSE, épicentre du Bureau des Légendes. - Jessica Forde/TOP

Ils ne peuvent rien dévoiler de leur métier. N’est-ce pas trop frustrant pour échanger avec eux ?

Les agents ne nous disent rien, ils n’ont pas le droit. Nous, on les observe. Quand on en rencontre un, la première chose qu’on fait, c’est regarder comment il est habillé - les détails : est-ce qu’il porte des boutons de manchette ? - on regarde sa façon de parler, on essaie de piller tout ce qu’on peut ! Les avant-premières, pour nous, c’est un laboratoire. On présente la série et on les regarde, c’est ce qui est intéressant. Et avec Camille [de Castelnau, codirectrice de collection], quand on rencontre quelqu’un qui se présente comme un agent de la DGSE, que ce soit vrai ou faux, peu importe, on fait courir notre imagination, à partir de rien.

Pourquoi les Français mettent-ils peu en scène leurs services secrets en fiction ?

Les Américains parlent volontiers de la CIA, les Français très peu de leurs services secrets. C’est vrai qu’il fut un temps où l’on montrait surtout les bavures, c’était le « Rainbow warrior » (1985), c’était les barbouzes. On montrait les dysfonctionnements. Maintenant, c’est différent. Je pense que les services secrets ont montré à quel point ils étaient importants. Aujourd’hui on est d’ailleurs très impatient, on veut qu’ils travaillent plus, et mieux, et plus vite, et qu’ils nous sauvent de tous nos problèmes… Je suis d’une génération de la paix, mon film Un monde sans pitié (1992) montrait la fin des utopies et des idéologies. Cette génération s’est sans doute un peu endormie sur ses lauriers, et a peut-être oublié l’importance des services secrets en pensant qu’ils étaient plutôt là pour nous espionner. Or oui, ils nous écoutent et nous filment mais dans des pays comme le nôtre, c’est pour anticiper les menaces et les dangers.

La série prend en fait une dimension pédagogique…

On parle d’un milieu qui reprend tout à coup son importance. Ce n’est plus du tout OSS 117 et cette image de sorte de barbouzerie un peu obsolète et désuète.

L’importance actuelle des services secrets change-t-elle votre idée de la longévité du « Bureau des Légendes » ?

Tout dépendra de l’histoire des personnages. Qu’est-ce qui leur arrive, a-t-on encore des choses intéressantes et fortes à dire sur eux ? Tant qu’on a de la ressource dramatique, on continuera, ce n’est pas la réalité qui est en jeu.