Pourquoi les affiches de théâtre sont-elles systématiquement très moches?

SPECTACLE Du design vieillot aux décors en toc, c'est parfois la catastrophe...

Coralie Lemke

— 

Les affiches de théâtre se reconnaissent au premier coup d'oeil
Les affiches de théâtre se reconnaissent au premier coup d'oeil — simplement_visuel/Instagram

Avec des couleurs qui jurent, des photos atrocement posées et des polices de caractère loufoques, les affiches de théâtre ont la réputation d’être laides. Même certains professionnels du secteur le disent. « Il y en a qui sont atroces. On voit que les créateurs n’ont pas eu les bonnes idées au bon moment », concède Francis Lombrail, directeur du théâtre Hébertot. Si les affiches sont moquées, personne ne s’intéresse aux raisons de cette esthétique parfois si moche. Et pourtant, des raisons, il y en a.

  • Des contraintes parfois absurdes

Les contrats passés avec les sociétés de production contiennent souvent des contraintes qui frôlent l’absurde. « Le nom de l’auteur doit être à 50% de la taille du titre. Le nom des comédiens doit être inscrit au dessus du nom de la pièce. Et puis quand ce sont des auteurs très connus, comme Agatha Christie, son nom doit carrément être aussi gros que le titre », explique William Frey, graphiste et créateur des affiches pour le théâtre des Bouffes parisiens. Avec toutes ces conditions à respecter, le travail des graphistes est souvent limité. « C’est difficile de trouver le compromis entre le coté commercial et la résonnance artistique », poursuit Francis Lombrail.

  • Le budget est trop bas

Les affiches sont la meilleure vitrine pour attirer du monde au théâtre. Et pourtant, elles sont loin d’être la priorité du budget. « L’impression et la diffusion coutent cher. Il y a aussi le cachet des acteurs et le financement des décors qui passent avant », raconte Rony, qui réalise des affiches pour le Café de la gare depuis plus de 25 ans. Il dit travailler à bas prix, autour de 300 euros ou parfois même gracieusement.

  • Pas de snobisme, même sur le papier

Si on rit de l’affiche, c’est qu’on rira dans la salle. Voilà la logique à laquelle répondent les affiches les plus absurdes. « On se dit que la pièce est comique et que l’on va passer un bon moment », explique Francis Lombrail. Bien souvent, l’affiche ne se prend pas au sérieux « parce qu’il faut comprendre en un clin d’œil de quoi il s’agit », étaye William Frey.

  • L’affiche, en quête de nouveaux modèles

Face aux moqueries et aux vieilles tendances, les graphistes se lancent des esthétiques nouvelles. « On va de plus en plus vers le cinéma, avec des affiches plus complexes. Avant, le fond était toujours uni. Maintenant c’est plus recherché. On met des motifs ou des paysages », souligne William Frey.

Le style bande-dessinée prend aussi de l’essor. « Ce qui se fait beaucoup, c’est de dessiner juste un objet. Un chapeau ou une chaussure par exemple », s’amuse Rony du Café de la gare.

mon nom dans le métro ! 🕶 #gig #touchefrancaise #theatredurondpoint #excited #music #paris #festival

A photo posted by Clara Luciani (@jesuisclaraluciani) on

L’affiche de théâtre tente donc de se renouveler, de manière plus ou moins heureuse, et ce, malgré les contraintes qui pèsent sur elle. Un tournant devenu indispensable pour attirer les spectateurs. De 19 200 représentations en 2011, la production de pièces de théâtre a chuté à 15 300 représenations en 2013 selon les chiffres du Ministère de la culture.