Pourquoi la musique améliore-t-elle nos performances?

Sciences Le cerveau réagit à l'écoute d'une chanson en produisant des neuro-médiateurs...

Thomas Weill

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Ecouter de la musique agit sur la zone du plaisir du cerveau, celle qui est responsable de l'envie. Une bonne chanson est idéale pour se motiver à aller courir.
Ecouter de la musique agit sur la zone du plaisir du cerveau, celle qui est responsable de l'envie. Une bonne chanson est idéale pour se motiver à aller courir. — Superstock/Sipa

Vous pensez avoir la musique dans la peau ? Détrompez-vous, c’est dans la tête que ça se passe. Pour faire le ménage, travailler ou faire du sport, une bonne chanson va nous donner un coup de fouet parce que le cerveau réagit aux mélodies, et c’est lui qui explique qu’une chanson nous motive ou nous mette de bonne humeur.

Un footing ? Pas envie. Un footing en musique ? Pourquoi pas ! « Ecouter une chanson est un moyen de ne pas s’ennuyer en courant. Mais ça permet surtout d’oublier l’effort quand on écoute une musique qui nous plait », décrit Eve, 25 ans, qui court pratiquement tous les jours avec un casque sur les oreilles. Nous lui avons demandé d’évaluer ses performances avec et sans musique. Résultat, en silence, la jeune femme courrait à 10,2km/h, contre 10,5km/h avec une chanson qu’elle aime. Imaginez alors la différence pour quelqu’un qui ne connaît pas son rythme de course à pied. 

Dopamine, endorphine et adrénaline

Normal, puisqu’une mélodie vient « caresser le cerveau », et notamment « la zone du plaisir et de la récompense, la même qui est sensible aux drogues », nous explique Pierre Lemarquis, neurologue spécialisé dans la réception de la musique par l’encéphale. « La zone du plaisir c’est celle qui nous donne envie de faire quelque chose, grâce à un neuromédiateur qu’elle secrète, la dopamine, explique-t-il. Plus le morceau plait, plus il y a de sécrétion. »

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Et si un tube permet à Eve de « moins ressentir la fatigue dans [ses] jambes », c’est parce que  « la musique va aussi provoquer la sécrétion d’endorphine, de la morphine endogène. Grâce à cela, elle peut agir sur la douleur », d’après Pierre Lemarquis. Autre réaction chimique du cerveau provoqué par des notes entrainantes, « une musique tonique va accélérer le cœur, nous réveiller avec de l’adrénaline » pour le neurologue.

Il s’agit bien sûr du rôle des percussions, mais aussi des basses. Bérangère Nemoz utilise d’ailleurs beaucoup ce biais là. Cette art-thérapeute propose à ses clients d’atteindre un « mieux-être » psychologique aussi bien que physique, et pour y parvenir, elle « joue sur le rythme et les vibrations ». Les parallèles sont nombreux. « L’humain a son rythme cardiaque, sa respiration suit un tempo, il vit dans la cadence de sa journée, en accord avec le rythme circadien du jour et de la nuit. J’utilise ça dans mes ateliers. »

Une plus grande plasticité cérébrale

Un djembé peut aider à s’exprimer librement malgré son Alzheimer, ou un didgeridoo à mieux respirer dans sa vie. Dans une approche active aussi, et donc en jouant, la musique peut nous rendre plus performants. « Des recherches ont prouvé qu’une mélodie pouvait agir sur la plasticité neuronale, c’est-à-dire transformer des parties du cerveau », avance l’art-thérapeute. « Les violonistes se font une représentation cérébrale des doigts plus importante », souligne notamment le neurologue.

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Cette plus grande plasticité se remarque aussi avec une écoute régulière. « Ecouter de la musique régulièrement va stimuler le lobe frontal, celui qui décide de l’action, et donc aider à la prise de décision. Par exemple avec de la musique, les enfants vont mieux utiliser leur temps pour réviser », illustre Pierre Lemarquis. Cela marche aussi avec les journalistes visiblement, puisque une bonne playlist a permis d’écrire cet excellent article en un temps record. On peut le dire, notre cerveau est donc réglé comme du papier à musique.