L'humour, leur deuxième vie après le travail

THéâTRE Elles étaient journaliste ou avocate avant de monter sur scène pour parler de leur métier...

Coralie Lemke

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Avant de monter sur scène, Caroline Vigneaux était avocate.
Avant de monter sur scène, Caroline Vigneaux était avocate. — C. VIGNEAUX

Claquer la porte de son job et raconter son expérience sur scène est-il devenu la nouvelle tendance au théâtre ? C'est en tout cas le parcours de Dorothée Drevon, Caroline Vigneaux et Kee-Yoon, toutes les trois à l’affiche en ce moment. La première est une ancienne journaliste, tandis que les deux autres étaient avocates.

Si François-Xavier Demaison, Gaspard Proust ou Fouad ont sensiblement le même parcours, leurs spectacles ne parlent pas de leurs péripéties au travail.

« Je me suis dit ‘punaise, j’en ai bavé’ »

« En parler au théâtre est une façon de se décentrer de son mal-être et de communiquer sur ce que l’on a vécu », explique Claire Lasry, psychologue clinicienne spécialiste de la souffrance au travail. Un peu comme on se confierait à un bon ami ou un psy. « Et d’autre part, ça permet de se distancier de cette expérience devenue négative. »

Dans son spectacle  Albert Londres, les pigeons et moi, Dorothée Drevon raconte les difficultés de la vie de journaliste indépendant et l’ambiance tendue dans certaines rédactions. « Il nous faut l’interview d’un migrant syrien pour le 20 heures, tu te débrouilles », lui commande par exemple son chef.

« Mon travail devenait douloureux. C’est comme ça que j’ai commencé à écrire des sketches », se souvient-elle. Les premières représentations, auxquelles sa famille est conviée, sont comme une libération. « Ca m’a fait du bien de m’exprimer librement sur ce que j’ai vécu avant. Je me suis dit ‘punaise, j’en ai bavé’ et maintenant je m’amuse chaque soir », explique celle qui, aujourd’hui, ne joue plus que pour le plaisir de la scène.

Reprendre goût à l’amusement

Prendre son pied au théâtre, c’est aussi ce qui a motivé Caroline Vigneau à abandonner sa robe d’avocate. « Quand mon grand-père est décédé, j’ai réalisé pour la première fois que moi aussi, un jour, j’allais mourir. Et je me suis demandé ce que j’avais fait de ma vie », se souvient la jeune femme. Elle décide alors de monter son one-woman-show.

« Après une période de mal-être, cela peut permettre de reprendre goût à l’amusement. Et se dire : ‘je peux tirer quelque-chose de rigolo de cette expérience’ », analyse Claire Lasry. Rire et faire rire est devenu la principale préoccupation de Caroline Vigneaux. « Dans mon spectacle, je parle du métier d’avocat mais tous les gens dans la vie active se sentent touchés par la souffrance au travail. » Une façon aussi pour les spectateurs  de se faire du bien.

A tous, elle conseille de s’assoir dix minutes et de réfléchir à sa vie. « Il faut se dire : voilà où j’en suis. Ca ne vous convient pas ? Il n’est jamais trop tard pour changer. » Devenir fleuriste, courir un marathon ou apprendre le métier de boucher, tout est possible, si c’est ce qui vous amuse.

Rebondir avec audace

« Quand on en a marre d’un métier, on a besoin d’en connaître un autre pour se prouver qu’on est bon à faire autre chose. Le théâtre, c’est un choix spécial. Une énorme prise risque. Ce sont des gens qui veulent rebondir avec audace », souligne Claire Lasry. En témoigne la fascination de Dorothé Drevon pour les comédiens. « Quand j’allais au théâtre et que je les voyais saluer, je me disais ‘quelle chance ils ont.’»

Caroline Vigneaux avoue, elle, ne réussir à se définir comme comédienne que depuis la sortie de son DVD Caroline Vigneaux tombe la robe. Comme quoi, en plus de cicatriser certaines blessures, le théâtre leur a permis de reprendre goût au travail.