Mort de Prince: S'il vous plaît, arrêtez de le comparer et de l'opposer à Michael Jackson

POP Le décès du chanteur Prince ravive les débats autour de sa rivalité avec Michael Jackson…

William Pereira

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Le chanteau Prince est décédé le 21 avril 2016.
Le chanteau Prince est décédé le 21 avril 2016. — Liu Heung Shing/AP/SIPA

Prince est mort, vive Prince. Dans la foulée du décès de la star, jeudi, la presse internationale lui a rendu une multitude d’hommages appuyés, certains n’hésitant pas à comparer sa carrière à celle d’une autre star de la pop, Michael Jackson, décédé sept ans plus tôt. Tantôt pour les comparer, tantôt pour les opposer. Sans rendre justice ni à l’un ni à l’autre. 20 Minutes vous dit pourquoi cela ne tient pas.

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Une rivalité créée de toutes pièces 

L’opposition entre les deux légendes n’a rien de naturel. De l’aveu de Frédéric Goaty, rédacteur en chef de Jazz Magazine, la rivalité né d’un coup médiatique. « Leur opposition a en partie été créée par les médias. A l’époque de la sortie et du succès de Thriller, il y avait une petite overdose de Michael Jackson. Prince est alors arrivé et la critique se l’est réapproprié pour en faire l’anti MJ. » Contrairement à ce qui nous a longtemps été vendu, Michael Jackson contre Prince n’a donc jamais été le Ali-Foreman de la pop. « C’est avant tout une guerre entre deux maisons de disques [Warner pour Prince et Sony Music pour Jackson] » explique pour sa part Mathieu Alterman, animateur Bleu Blanc Schnock sur Ouï FM. Un conflit qui profite moins au roi de la pop, qui n’en avait pas besoin pour exister, qu’au nain pourpre. « Sans le carton de MJ avec Thriller, qui a permis à des artistes noirs d’être diffusés sur des radios de blancs, Prince n’aurait peut-être pas eu autant de succès », ajoute-t-il.

MJ vend autant que les Beatles, Prince autant que Mireille Mathieu

Si la qualité d’une œuvre ne se mesure certainement pas au nombre de disques vendus, la rivalité artistique se doit – et c’est surtout vrai en musique – d’avoir une base commerciale crédible. Or il se trouve que malgré son indéniable succès, Prince n’a jamais réussi à faire illusion en termes de ventes par rapport à son intouchable adversaire. Quand le natif de Minneapolis sort 1999, vendu à 3 millions d’exemplaires aux Etats-Unis, Michael Jackson enchaîne quelques semaines plus tard avec Thriller, qui détient, à ce jour, un score dix fois plus élevé. Surtout, « Bambi » a su durer. De 1982 à 2001, il a squatté le top des charts mondiaux sans discontinuer, là où son « rival » n’a jamais fait l’unanimité. Résultat des courses, MJ dépasse le milliard de ventes d’albums, là où Prince culmine à environ 150 millions de ventes mondiales, soit guère plus que Mireille Mathieu. La stat qui fait mal.

Michael Jackson dans Thriller
Michael Jackson dans Thriller - VAUGHAN STEPHEN/SIPA

Deux styles musicaux très différents

Ces chiffres démontrent que, contrairement à ce qu’il prévoyait initialement, l’étendue du public que pouvait toucher Prince était très réduite par rapport à celle de MJ. Pour cause, et bien que les deux chanteurs aient été affiliés à la pop, leur musique ne se ressemblait pas pour autant. Plus sauvage, plus instinctif, l’auteur de Purple Rain jouait avec des sonorités plus rock, plus subtiles et prenait de ce fait le risque de ne pas plaire à un public peu friand de finesse musicale. « Prince est l’idole des musiciens. C’était un fan de rock, il y avait quelque chose de puissant dans sa musique », à l’image de Jimi Hendrix et de Little Richard, analyse Mathieu Alterman, animateur Bleu Blanc Schnock sur Ouï FM. A l’inverse, « Michael Jackson évoque une époque. Quand il est mort, j’ai perdu l’année 1983, avec Thriller », poursuit-il.

Prince, le 25 décembre 1984
Prince, le 25 décembre 1984 - David Brewster/AP/SIPA

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Une approche opposée de la sexualité 

Michael Jackson n’a jamais fait de vagues sur le plan sexuel. Son surnom, Bambi, est ce qui reflète sans doute le mieux son asexualité. Tout l’inverse de son adversaire, qui n’hésite pas à provoquer et choquer avec des paroles à caractère pornographique. La masturbation, l’adultère, l’inceste et autres pratiques contraires aux mœurs apparaissent plus d’une fois dans ses textes. Prince va même plus loin en posant en dessous féminins sur la pochette de Dirty Mind et lors de la tournée consacrée à l’album. Mathieu Alterman le soupçonne d’ailleurs « d’avoir une vie sexuelle moins dingue que dans ses chansons, étant donné qu’il passait son temps en studio ». Mais le sexe permet au nain pourpre d’ajouter une corde à son arc d’artiste rebelle et de se détacher de MJ sur ce plan.

Prince, le 2 mai 1990.
Prince, le 2 mai 1990. - David Brewster/AP/SIPA

Michael Jackson le blanc, Prince le noir

Si une grande partie du peuple afro-américain et africain a pardonné le roi de la pop sur son lit de mort, il lui en a longtemps voulu d’avoir renié ses origines. Pour Mathieu Alterman, c’est « à partir de Bad, en 1987, que Michael Jackson perd le public noir ». Celui-ci trouve alors en Prince une valeur refuge, ce dernier n’ayant aucun complexe vis-à-vis de sa négritude. Il se pose en « héritier de Stevie Wonder et portera le flambeau jusqu’à l’arrivée et l’affirmation du rap aux Etats-Unis. » Bambi, lui, « a des idoles blanches, comme Gene Kelly ou le mime Marceau ».

Michael Jackson, le 22 juillet 2005
Michael Jackson, le 22 juillet 2005 - KIMBERLY WHITE/AP/SIPA

MJ a voulu travailler avec Prince à plusieurs reprises

Preuve que la rivalité était moins grande qu’on voulait bien le croire, Michael Jackson a proposé à Prince de travailler avec lui à deux reprises, sur le projet We Are the World et sur le morceau Bad. Concernant ce dernier, « Quincy Jones voulait que la chanson soit un duo/duel entre les deux artistes, avec un vidéo-clip où ils seraient sur un ring, mais Prince a refusé, il n’aimait pas trop ce type de mise en scène », raconte Frédéric Goaty. De manière générale, « Prince travaillait seul. Il ne savait pas faire autrement. Dès qu’il bossait avec quelqu’un d’autre ou produisait un artiste, ça ne marchait pas », à en croire Mathieu Alterman.

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