Tablettes, DVD ou parents... Qui doit faire la lecture aux enfants ?

LECTURE Plusieurs maisons d'éditions de livres pour enfants publient des livres lus en DVD ou applications...

Benjamin Chapon

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Quand Michelle et Barack Obama lisent
Quand Michelle et Barack Obama lisent — Jacquelyn Martin/AP/SIPA

Les pédopsychiatres sont formels,voire un peu insistants, à ce propos : faire la lecture à son enfant est un rituel fondamental. La plupart du temps, c’est un moment agréable pour tout le monde, enfants et parents, un moment serein. Pourtant, de nombreux parents se retrouvent parfois démunis sur la manière dont il faut s’y prendre.

Comment lire ? Je joue ou pas ? Je fais des voix différentes pour les dialogues ou pas ? « Jouer le récit ou faire des voix différentes, il faut le sentir, explique Sabrina, bibliothécaire qui organise des lectures hebdomadaires pour les enfants. Les enfants peuvent très bien se projeter dans une histoire sans que vous ayez à en faire des tonnes. Tout le monde n’est pas acteur. Il faut que ça reste un plaisir aussi pour le parent qui lit. »

La lettre et l’esprit

Surtout, la bibliothécaire suggère de s’en tenir au texte. « Si le livre est bien fait - et normalement, si un libraire vous l’a conseillé, il l’est -, lire le texte doit suffire à la compréhension de l’histoire. Il est alors inutile de décrire ce qui se passe dans l’image, ou de répéter la phrase avec un vocabulaire plus simple. Il faut faire confiance à l’enfant qui va comprendre à sa manière. Si vous voulez utiliser le moment de lecture pour apprendre du vocabulaire à votre enfant, mieux vaut prendre des imagiers ou des ouvrages sans texte et riche en détail comme Le livre des 4 saisons de Rotraut Susanne Berner. »

L’école des loisirs s’apprête à commercialiser Les Albums filmés, des classiques de la littérature jeunesse lus et répartis dans des coffrets DVD selon l’âge des enfants. Particularité : les narrateurs lisent avec le minimum d’intonation, contrairement à la plupart des histoires sur CD audio comme  celles de la collection Les belles histoires. Et de ce qu’on a pu en juger, les enfants adorent ça, surtout quand ils connaissent déjà l’histoire.

Dans la même veine, on ne compte plus les applis dédiées à raconter des histoires aux enfants à la place des parents. C’est simple : toutes les maisons d’éditions s’y sont mises. Là encore, pas de surenchère théâtrale dans la lecture, juste une voix et des images, parfois animées. De quoi décomplexer les parents mal à l’aise avec la théâtralité.

Pourquoi la maison en paille elle s’envole ?

« Aussi bien faites ces applications soient-elles, il reste important que les parents lisent eux-mêmes des histoires à leurs enfants, insiste pourtant Myrtille Janok, pédopsychiatre parisienne. Certains parents s’agacent que leur enfant coupe la lecture avec une question qui leur semble à côté de la plaque, ou alors toujours la même question au même moment de l’histoire. Mais l’enfant suit sa propre logique et, d’une certaine manière, sa propre histoire. Il est inutile, voire nocif, de vouloir à tout prix qu’il aborde le récit comme vous. »

Pas besoin de consulter un pédopsy pour savoir que les enfants sont des ayatollahs psychorigides de la lecture. Après avoir pratiqué la chose quelque temps, on retient deux règles immuables. 1. L’enfant ne se lasse JAMAIS d’un livre dont il peut réclamer la lecture un million de fois. 2. L’enfant ne supporte ni les approximations ni la plus infime modification du texte original. C’est ainsi qu’on peut se retrouver à relire encore et encore (et encore) Grosse Colère sans pouvoir changer la moindre péripétie, ni y intégrer de nouveaux mots.

Y a pas que le 20 heures dans la vie

Une certaine lassitude peut alors gagner les parents. Surtout sous les coups de 20 heures quand la promesse d’une soirée paisible bien méritée peut rendre un tantinet impatient. « Il ne faut pas cantonner la lecture au rituel du coucher, assène Myrtille Janok. Sinon, elle sera associée uniquement à ce moment très particulier, mélange de sentiment d’abandon et instant privilégié. Si on lit des livres à son enfant à d’autres moments de la journée, par exemple le matin, deux minutes, juste avant de quitter la maison, on dédramatise la lecture. L’enfant peut s’en emparer plus facilement, et en faire ce qu’il souhaite. C’est le premier pas vers la lecture solitaire. »