«American Crime Story»: L'affaire O.J. Simpson, Ferguson et John Travolta vus par Cuba Gooding Jr

INTERVIEW Cuba Gooding Jr. interprète dans «American Crime Story» O.J. Simpson, l'ex-star déchue du football américain innocentée en 1995 à l'issue du «procès du siècle». Rencontre...

Annabelle Laurent

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Cuba Gooding Jr interprète O.J. Simpson dans American Crime Story (FX)
Cuba Gooding Jr interprète O.J. Simpson dans American Crime Story (FX) — SIPA

« Not guilty ». Le 3 octobre 1995, devant 145 millions de téléspectateurs, l’ex-star déchue du football américain O.J. Simpson est acquitté du double meutre dont il est accusé, à l’issue du « procès du siècle » qui a tenu en haleine le pays et les journalistes du monde entier pendant des mois.

Ce verdict, qui reste à ce jour le plus controversé de l’histoire judiciaire américaine, les Américains l’ont à nouveau vécu le 5 avril dernier dans l’épisode final de la captivante série People v. O.J. Simpson : American Crime Story.

Signée du créateur d’American Horror Story Ryan Murphy, la série d’anthologie revient en dix épisodes sur l’affaire : on revit la tension incroyable de la légendaire course-poursuite retransmise sur tous les écrans du pays ayant mené à son arrestation, on retrouve le tiraillement face à l’impossible élucidation de l’affaire en assistant aux tractations en coulisses entre les avocats. O.J. était-il coupable ? Le mystère est entier vingt ans plus tard. La découverte d’un couteau début mars a même manqué de relancer l’affaire…

Oscarisé en 1997 pour Jerry Maguire, Cuba Gooding Jr. incarne brillamment O.J. Simpson. 20 Minutes l’a rencontré dans le cadre de Séries Mania.

Quels sont vos souvenirs personnels de l’affaire ? L’aviez-vous suivie à l’époque ?


J’ai grandi à Los Angeles, j’ai donc connu ce climat de tensions raciales très fortes, après le tabassage de Rodney King en 1991 [qui avait embrasé les Etats-Unis et déclenché les émeutes de 1992]… En 1994 ma carrière avait été lancée par Boys’n The Hood (1991). J’étais un jeune acteur, ancien danseur de breakdance. J’avais eu moi-même affaire au harcèlement et à la brutalité de la police. Le jour de la course-poursuite, j’étais chez des amis, on regardait un match de hockey quand l’image a tout à coup été remplacée par celle de l’autoroute où roulait la voiture d’O.J, suivie par les voitures de police. Je me souviens combien on était captivé, pris par la tension et la possibilité qu’à tout moment, ils retirent son corps, sans vie, de cette Ford Bronco. Puis quand il s’est rendu, il y a eu ce sentiment de soulagement qu’ils ne l’aient pas tué.

Et le jour du verdict ?


Je me souviens l’avoir regardé en direct à la télé. « Not guilty »… On avait fêté cet acquittement, on s’était réjoui. En se disant que même s’il était coupable, au moins ils n’avaient pas emprisonné un autre homme noir. J’étais jeune, j’étais en colère, je me disais ça aurait pu être moi à l’arrière de cette Bronco ! Puisque j’étais une célébrité noire moi aussi. Quand je regarde ma carrière, je réalise que les rôles qui ont eu le plus de résonance auprès du public, Boys’n the hood, Jerry Maguire et maintenant celui-ci, sont ceux auxquels je me suis le plus identifié. J’ai joué O.J. Simpson alors que je vis maintenant dans le quartier de Brentwood où le crime a eu lieu. Où O.J. Simpson a fréquenté les bars et les restaurants. Au cours des 6 mois de tournage je suis tombé sur beaucoup de gens qui l’avaient connu, lui ou Nicole. Le parallèle avec ma vie était troublant. 

Incarner un personnage nécessite de créer une certaine empathie. Redoutiez-vous de perdre votre distance vis-à-vis d’O.J. Simpson ?


En acceptant le rôle, j’ai prévenu Ryan Murphy : je ferai pousser mes cheveux, je prendrai du poids, j’imiterai sa démarche, je travaillerai ses mimiques et son comportement, mais Cuba Gooding Jr. ne sera pas lui. Ryan Murphy m’a expliqué que l’on ferait certaines scènes où il serait coupable, et certaines scènes où il serait innocent, et qu’on associerait les deux dans la salle de montage. C’est mon travail d’acteur de donner ces deux options. Bien sûr, j’ai dû me faire ma propre opinion sur sa culpabilité, mais je ne la dirai jamais à personne. Il est dangereux, je crois, de juger son personnage. Si tu le déifies ou si tu le diabolises, tu passes à côté de toutes les nuances de sa personnalité. Il faut que le jeu d’acteur parle de lui-même.

Vous avez expliqué [chez Larry King, en février, notamment] combien jouer O.J. Simpson vous avait coûté…


C’est un personnage très sombre, vous savez. A l’arrière de cette Ford Bronco, il était suicidaire. C’était très violent. Encore aujourd’hui, quand je pense à l’arrière de cette voiture, je réagis avec beaucoup d’émotion. Cet état d’esprit dans lequel vous devez vous mettre, c’est épuisant moralement. Quand vous voyez des images de guerre, elles peuvent vous rester en tête toute la journée : c’était pareil. Cela reste en vous. C’était le rôle le plus difficile que j’aie jamais eu à jouer.

Cuba Gooding Jr., David Schwimmer, John Travolta dans American Crime Story
Cuba Gooding Jr., David Schwimmer, John Travolta dans American Crime Story - © Ray Mickshaw/FX


John Travolta et David Schwimmer incarnent Robert Shapiro et Robert Kardashian, deux des avocats d’O.J. Simpson. Quels partenaires de jeu ont-ils été pour vous ?


Laissez-moi d’abord vous parler de John. Les gens me demandent toujours quel fut le grand moment de ma carrière, ce que ça m’a fait de gagner un Oscar, mais la vraie récompense, ce sont les échanges que j’ai pu avoir avec des icônes comme John Travolta, Jack Nicholson, Dustin Hoffman, Tom Cruise… Toutes les anecdotes qu’ils ont pu me raconter… Un jour John Travolta m’a raconté comment Michael Jackson lui a écrit une chanson. Sur le tournage, John Travolta, Courtney B.Vance David Schwimmer et moi, on a parlé de nos théories et nos avis sur l’affaire pendant des heures et des heures. On dînait chez John, et on en parlait toute la soirée.

« Making a Murderer » a passionné les Américains au début de l’année. « American Crime Story » revient sur cette affaire, 20 ans après le verdict. Comment l’expliquez-vous ?


Nous sommes dans l’âge d’or de la télévision, et il y a en effet un désir de revisiter ces affaires pénales légendaires. Notre système judiciaire n’est pas parfait, des innocents côtoient des coupables derrière les barreaux, et il y a des réponses que l’on n’aura jamais. On ne saura jamais si O.J. a tué Nicole. Alors tout ce qu’on peut faire, c’est revenir en arrière. Aujourd’hui, il y a des affaires de corruption et de violence policière, il y a eu Ferguson, il y a tous ces gens qui ont été tués par la police… Il y a beaucoup de problèmes avec lesquels on se bat encore aujourd’hui. Comment répond-on à ça ? En se tournant vers notre passé pour disséquer non pas le procès en lui-même, mais ce qu’était le climat social, comment la communauté a réagi, comme c’est le cas dans Making a Murderer. Pour ne pas répéter les erreurs, pour éviter de nouvelles violences, de nouvelles émeutes. C’est l’une de nos missions, en tant que créateurs de fiction, de chercher à guérir en abordant ces questions délicates. C’est dans l’inconfort que l’on trouvera des clés de compréhension. 

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Vous n’avez pas rencontré O.J. Simpson [en prison au Nevada pour un vol à main armée commis en 2007] pour votre rôle. Et si l’occasion se présentait ?
 

Je n’ai pas eu le désir de le rencontrer parce que je l’incarne à un moment de sa vie où il était flamboyant et charismatique, alors qu’il n’est aujourd’hui qu’une partie de lui-même : c’est ce que fait la prison aux hommes. J’ai de la famille et des amis qui ont été en prison, j’ai vu leur transformation. En revanche, si O.J. Simpson voulait me rencontrer et que l’occasion se présentait, je le rencontrerais. Mais je ne pense pas que ça influencerait mon opinion sur l’affaire.

Le trailer (en VO) :

 

L'affiche d'American Crime Story (FX, 2016)

The People v O.J. Simpson, American Crime Story a été diffusée du 2 février au 5 avril 2016 sur FX. La série sera diffusée en France par le groupe M6.

Nouvelle projection à Séries Mania le dimanche 24 avril à 13h30.

La saison 2 d’American Crime Story s’intéressera à l’ouragan Katrina et ses conséquences.