L'amour inspire à Joann Sfar une nouvelle bande dessinée

BD L’auteur de BD et réalisateur publie une fiction autour des liens entre Amour et Art…

Olivier Mimran

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Le peintre Seabearstein et Mireilledarc, son modèle
Le peintre Seabearstein et Mireilledarc, son modèle — Joann Sfar & éd. Rue de Sèvres 2016

Entre deux carnets autobiographiques, la production d’un dessin animé tiré de sa série Petit vampire et l’écriture de son prochain film, l’insatiable auteur du Chat du rabbin revient à ses premières amours en publiant un nouvel album de bande dessinée. Un album viscéralement « sfarien », puisqu’il traite, sur fond de romance, d’une thématique presque obsessionnelle chez le niçois : les rapports entre l’artiste et son modèle.

Du bien-fondé de la relation amoureuse

« Finalement, c’est le sujet autour duquel je travaille depuis près de trente ans », confirme Joann Sfar à 20 Minutes. De fait, Tu n’as rien à craindre de moi explore, dans un premier temps, la relation amoureuse d’un peintre, Seabearstein, et de son modèle, qu’il surnomme Mireilledarc. De l’intimité de leurs ébats sensuels à leurs flâneries parisiennes, ces deux-là semblent filer le parfait amour… jusqu’à ce qu’un détail les sépare, définitivement. « C’est tragique », souligne Joann Sfar, « mais ça traduit un besoin de comprendre ce qu’un homme et une femme ont encore à faire ensemble dans le monde dans lequel on vit ».

© Joann Sfar & éditions Rue de Sèvres 2016

Un drame bourgeois

Tiens ? Le récit questionnerait donc davantage un rapport amoureux universel qu’un rapport amoureux spécifique, en l’occurrence entre un artiste et son modèle ? « Oui et non. C’est sûr que le fait qu’on ne pense plus l’hétérosexualité aujourd’hui me paraît alarmant : on survend aux gens le couple, ça se termine en drame bourgeois, les protagonistes sont paumés et vont se retourner vers on ne sait quoi - la religion, par exemple… Moi, je raconte simplement un homme et une femme, en essayant de ne pas survendre le couple. »

« Mais mon livre dit aussi qu’on ne devrait pas dessiner les gens qu’on aime, parce que lorsque ça arrive, on met autre chose que de l’amour dans la relation et ça a des conséquences. Passer son temps à regarder une nana prête à conséquence, non ? Mon peintre va donc trouver la solution à ses problèmes de cœur en remettant au premier plan son expression artistique. Cet album est donc aussi, en quelque sorte, un plaidoyer pour l’Art. »

© Joann Sfar & éditions Rue de Sèvres 2016

Influences cinématographiques

Un plaidoyer que Sfar alimente de longues séquences dialoguées au cours desquelles peintre et modèle questionnent leurs pratiques respectives (qu’est-ce qu’implique le fait de vouloir représenter quelqu’un, et celui d’accepter d’être représenté ?). Ce faisant, Tu n’as rien à craindre de moi rappelle certaines ambiances du cinéma français des années 1960. Une influence revendiquée par l’auteur qui concède « avoir tenté de faire, en bande dessinée, des choses qu’on ne voit habituellement qu’au cinéma, à savoir un récit d’amour Nouvelle vague. J’ai consciemment voulu produire le genre d’histoire que j’aimais chez Truffaut quand je faisais mes humanités. »

Ajoutons qu’il s’agit peut-être de la plus « parisienne » des bandes dessinées de Joann Sfar, qui met longuement en scène ses amoureux dans les rues d’une capitale de carte postale. « Je mets effectivement en avant ce que Paris peut avoir de joli dans un moment où on nage plutôt dans une certaine morbidité. D’ailleurs, cet album est d’abord -à mes yeux- un livre de plaisir ! Même les malheurs amoureux de mes personnages transpirent un certain plaisir, c’est dire ». Gageons donc qu’il en dispensera autant qu’il en exprime.

« Tu n’as rien à craindre de moi », de Joann Sfar/éditions Rue de Sèvres, 18 euros