«En banlieue, la lose, on connaît !»

Propos recueillis par Sandrine Cochard

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www.les-lascars.com/

Ismael Sy Savane, dit IZM, est un des créateurs de la série «Les Lascars». Il revient sur une aventure entre potes devenue succès international.

La saison 2 des «Lascars» est actuellement diffusée sur Canal +, tous les jours à 18h50. Soit six ans après la première diffusion, en 2001. Que s’est-il passé depuis ?

Noël Kaufman, qui nous avait présenté à Canal + et avait œuvré à la diffusion du programme sur la chaîne, s’est désengagé du projet et l’a revendu à la société Millimages. Ensuite, nous nous sommes rendus compte que les téléspectateurs étaient demandeurs: la série, dont le succès a explosé en 2003-2004, était de plus en plus échangée et téléchargée sur Internet. Ce qui est de bonne guerre car c’est sur Internet que le buzz autour de la série s’est développé. C’est pourquoi nous avons eu envie de poursuivre l’aventure avec une nouvelle saison.

En six ans, «les Lascars» ont-ils évolué ?
Nous avons mûri, les scénarios s’en ressentent. Pour cette nouvelle saison, nous avons tenu à garder le côté «tranche de vie» de la série. Nous avons également inclus plus de personnages féminins et cherché à développer différentes structures de récit tout en gardant le même esprit et la qualité graphique. La grande différence entre les saisons 1 et 2 est la place qu’occupe aujourd’hui la culture hip-hop, qui a exporté ses codes aux quatre coins de la planète. C’est grâce à ça que «les Lascars» sont aujourd’hui diffusés dans une vingtaine de pays, dont les Etats-Unis et la Russie. Même au fin fond du Vercors les gens connaissent le rap.

Les sujets abordés et les situations présentées tournent souvent à la dérision. La banlieue, par le prisme des «Lascars», est très sympathique. Pourquoi?
Cette série nous oblige à nous renouveler sans cesse, avec un impératif : rester fidèle à la culture de la rue. Nous ne cherchons pas à revaloriser la banlieue, juste à exploiter ce que l’on connaît. On se moque d’abord de nous-mêmes. Et à la base, notre premier public, ce sont les personnes qui vivent dans les cités. On relate leurs galères et leur côté looser sans juger. Ils se sentent représentés d’une manière originale, sans les réduire à la violence en banlieue. C’est un thème que nous n’abordons pas, ou toujours avec dérision, comme pour les épisodes «Gare du Nord» et «Tournantes», car nous ne sommes pas là pour glorifier la violence. On préfère la loose, c’est plus drôle. Et en banlieue, la loose, on connaît ! (rires)

Vous préparez aussi un long-métrage...

Il transposera les aventures des «Lascars» sur grand écran et devrait durer 1h30. Cela racontera l’histoire de deux potes qui décident de partir en vacances et évidemment, rien ne va se passer comme prévu. Outre l’équipe d’origine de la série, Vincent Cassel, Diam’s, Omar et Fred ou encore Vincent Desagnat, Gilles Lellouche et Diane Kruger y participent en prêtant leur voix aux personnages.

Comment les avez-vous convaincus?
La série bénéficie d’une aura de sympathie qui nous a été favorable. Les acteurs connaissaient la série, ou en avaient déjà entendu parler. En plus, l’idée de prêter sa voix à un personnage animé les a séduits. Et une fois que Vincent Cassel a accepté l’idée, les autres ont suivi. Nous sommes ravis car nous avons eu les personnes que nous voulions : «bankables» pour les investisseurs et crédibles dans l’univers urbain. Nous espérons que le film sortira à la fin de l’année 2008 ou début 2009. Nous avons déjà enregistré les voix, le gros du travail reste à fournir : il nous faut préparer les décors et les personnages.