«Dark Souls 3»: Quand l'échec devient jouissance

JEU VIDÉO Disponible sur Xbox One, PS4 et PC, « Dark Souls 3 » est l’ultime épisode d’un des jeux vidéo les plus difficiles, mais aussi les plus gratifiants…

Vincent Julé

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«Dark Souls 3», l'un des jeux vidéo les plus difficiles et les plus gratifiants.
«Dark Souls 3», l'un des jeux vidéo les plus difficiles et les plus gratifiants. — Namco Bandai / FromSoftware

Combien de fois avez-vous jeté votre manette par terre, ou pire sur la télévision, à l’apparition du message « Game Over » ? Le fait de mourir et renaître, le refrain « même joueur, joue encore », est depuis toujours inscrit dans l’ADN du jeu vidéo. Mais lorsque le permier Dark Souls sort en 2011, la Wii de Nintendo a envahi les salons, le « casual gaming » est sur toutes les lèvres, et même les blockbusters type Call of Duty se doivent d’être plus accessibles, plus grand public. « Le joueur était pris par la main, mis sur des rails, il fallait qu’il comprenne tout, très vite, commente Damien Mecheri, auteur du livre Dark Souls : Par-delà la mort chez Third Editions. Plus de linéarité et de répétition, moins de liberté et d’interprétation. »

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« Il ne s’agit pas de punition, mais d’exigence »

Avec les Dark Souls, le joueur est lâché dans la nature, et à part un tutorial très sommaire, c’est seul qu’il part à la découverte du royaume de Lothric, un monde de dark fantasy et de dangers. Hop ! « Vous êtes mort. » Pour la 18ème fois en moins d’une heure. Cette difficulté élevée, anachronique et parfois cruelle suffit à faire la réputation du jeu, qui s’invite dans les mains, et le cœur, des joueurs hardcore, voire « masocore ».

Mais Damien Mecheri dit qu’il ne faut pas s’y tromper : « Il ne s’agit pas de punition, mais d’exigence. Ce n’est jamais la faute du jeu, toujours du joueur. » Celui-ci doit comprendre pourquoi il est mort, observer comment se comporte son ennemi, faire preuve de patience et de dextérité. Yann, joueur émérite et fan de la franchise, va plus loin : « L’esprit de Dark Souls est différent, unique. C’est bien un jeu d’action, mais tu ne peux pas y aller comme un bourrin, tu dois perpétuellement désapprendre et réapparendre à jouer, car chaque monstre a ses caractéristiques propres. »

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La mort n’est pas une fatalité

Comptez ainsi plusieurs dizaines d’heures pour terminer Dark Souls 3, l’ultime volet et best of de la saga. D’ailleurs, il ne faudrait pas résumer le jeu à sa seule difficulté, au challenge, presque sportif, de surmonter des obstacles, de battre les boss. La satisfaction ne vient pas seulement du dépassement de soi, mais également de ce qu’il y a après : l’émerveillement devant un décor, la rencontre inattendu d’un personnage, l’immersion dans un univers mystérieux… « Les tenants et aboutissants de l’histoire ne se livrent pas directement, mais par touche, explique Damien Mecheri. Au détour d’un dialogue, d’un objet ou d’un costume. C’est au joueur de reconstituer le puzzle. » L’éditeur Namco Bandai offre même 10.000$ à qui résumera le mieux les deux premiers épisodes. Bon courage.

Entre lumière et obscurité, feu et cendre, vivants et morts, Dark Souls 3 fait de la mort, du « Game Over », non pas une fatalité, mais un acte de foi, un champ de possibles, et devient ainsi pour le joueur toujours plus fascinant, plus poétique. « Quel que soit le nombre de fois où tu y retournes, Dark Souls te surprendra toujours », conclut Yann.