Vous devriez vraiment avoir peur des fantômes… numériques

EXPOSITION L’exposition « Extra Fantômes » à la Gaîté Lyrique, à Paris, explore les phénomènes surnaturels à l’œuvre dans le numérique…

Benjamin Chapon

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L’exposition Extra Fantômes à la Gaîté Lyrique à Paris
L’exposition Extra Fantômes à la Gaîté Lyrique à Paris — vinciane verguethen

Et si nos machines accueillaient des fantômes… Et si nous étions nous-mêmes les fantômes de nos machines… Et si le numérique avait créé un entre-monde nous aspirant tous… L’exposition Extra Fantômes, imaginée par La Gaîté Lyrique à Paris (jusqu’au 31 juillet 2016) présente des œuvres d’artistes numériques qui posent ce genre de questions.

« Pour une immense majorité d’humains, le numérique renvoie à une pratique magique, un règne de l’illusion et des champs invisibles, explique Melissa Mongiat, commissaire de l’exposition. Le numérique est hanté, comme Google Street View qui crée un univers parallèle où les humains sont des spectres. »

Les datas sur papier

Les œuvres, presque toutes interactives, interrogent nos rapports aux technologies numériques sous le prisme de l’étrangeté qu’ils génèrent. Passées les premières installations gentiment effrayantes, l’exposition se fait militante. Caméras de vidéosurveillance, logiciels de reconnaissance faciale, cookies espions… « On n’est pas du tout au courant de tout ce qui nous concerne qui est traité par des machines », explique Melissa Mongiat devant l’œuvre d’Antoine Schmitt, Psychic. « Un algorithme transcrit les informations d’une caméra de vidéosurveillance en phrase qui sont inscrites en direct sur un mur. »

L’exposition Extra Fantômes à la Gaîté Lyrique à Paris
L’exposition Extra Fantômes à la Gaîté Lyrique à Paris - vinciane verguethen

Plus loin, l’œuvre de Tobias Zimer, Database, imprime sur papier les informations enregistrées par un logiciel de reconnaissance faciale. Dans les deux cas, le visiteur se retrouve traqué. « C’est assez effrayant de donner une matérialité des infos nous concernant enregistrées par des machines. » Lors d’une précédente présentation, Tobias Zimmer avait laissé tourner son installation toute une nuit. Au matin, il a découvert que la machine avait repéré des visages alors que personne n’était passé devant elle. « En plus de faire de nous des fantômes dans un univers virtuel, les logiciels robots créent des fantômes par excès de zèle. »

Tous bionymous

Le visiteur est sans cesse renvoyé à son statut de « sommes de données exponentielles » compilées par des ordinateurs et qui « effacent peu à peu notre tangibilité. » Comme avec les Streets Ghosts de Paolo Cirio, impressions grandeur nature de silhouettes floues vues sur Google Street View.

« Plusieurs artistes invitent à devenir invisible, à devenir fantôme, explique Melissa Mongiat. Et plusieurs sociétés offrent des produits vraiment bon marché pour, par exemple, se protéger des ondes électromagnétiques. » Heather Dewey-Hagborg a conçu un kit DIY de « bionymat » qui permet à tout un chacun de faire disparaître les indices de sa présence physique, notamment les traces ADN.

L’exposition Extra Fantômes à la Gaîté Lyrique à Paris
L’exposition Extra Fantômes à la Gaîté Lyrique à Paris - vinciane verguethen

Adam Harvey a créé une ligne de vêtement islamo-compatible dans un tissu qui permet d’être invisible pour les drones et autres capteurs à sensibilité thermique. « Il y a toute une nouvelle génération d’artistes numériques qui non seulement dépassent le média mais en font une analyse critique, engagée. Même si le numérique continue de fasciner, il ne sert plus seulement à créer de la pseudo-magie. »