Les nettoyeurs du musée Victor Hugo dans l’intimité des œuvres d’art

métier Au quotidien, ils prennent soin du patrimoine français dans l’appartement de l’écrivain…

Lucie Bras

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Ils ne laissent aucune empreinte mais les effacent !
Ils ne laissent aucune empreinte mais les effacent ! — Lucie Bras

9 heures. Au numéro 6 de la place des Vosges à Paris (4e), plumeaux et aspirateurs côtoient les œuvres d’art. Bientôt, les premiers visiteurs viendront découvrir l’appartement de Victor Hugo. En attendant, les employés en uniforme sont chargés de dépoussiérer les meubles chargés d’histoire. « Il faut une bonne demi-heure pour tout finir », estime Sandrine, en uniforme gris noir, pressée.

Dans les odeurs de bois et de vieux tapis, elle époussette les cinq pièces en enfilade. Dans sa main, un grand plumeau rose bonbon contre 280 mètres carrés de tapisseries et tableaux. Comme elle, ils sont trois nettoyeurs de l’ombre à effacer les traces du temps du mardi au dimanche, entre 9 heures et 10 heures. Au besoin, tout le monde met la main à la pâte, même le directeur, Gérard Audinet.

Avec 160.000 visiteurs à l’année, la tâche est importante. Leur passage laisse des traces, brasse la poussière, et imprime même des marques plus… durables. « On retrouve parfois des chewing-gums collés sur la moquette », regrette Myriam, agent chef. « Heureusement, on a des appareils spécialisés pour ça. »

Victor Hugo, passion décoration

A l’heure des « bonjour ! » matinaux, c’est le sien qui est sans doute le plus dynamique. Après 20 ans passés à travailler au musée, elle est presque incollable sur l’écrivain, « comme ça, si le public me pose une question, je sais répondre », explique-t-elle, modeste.

Seuls les chiffons et les plumeaux sont autorisés pour ne pas abimer les œuvres.
Seuls les chiffons et les plumeaux sont autorisés pour ne pas abimer les œuvres. - Lucie Bras

 

Entrée comme agent d’accueil, elle apprend à parler la langue des signes française, le japonais et le chinois. La pièce préférée de cette amoureuse de l’Asie ? Le salon chinois. « C’est une pièce qu’il avait créée pour sa maîtresse [Juliette Drouet]. On retrouve cette intimité, ça me parle », raconte-t-elle.

Dans ce musée où tous les meubles transpirent l’histoire de la vie de Hugo, ses passions, ses lubies, ses créations, ils naviguent entre les différentes facettes de l’homme. Dans son appartement, l’écrivain a imprimé son goût pour la décoration de 1832 à 1848. En passant par le salon, les nettoyeurs chassent la poussière de la table familiale, qui est en réalité une porte d’armoire sur quatre pieds, gonds inclus. Vient ensuite le salon chinois, où le chiffon révèle les dessins pyrogravés qu’il a réalisés.

Travailler chez un écrivain

Loin de s’en lasser, certains admirent encore davantage l’artiste. « C’est incroyable qu’il ait eu le temps de réaliser tout ça, c’est qu’il n’a pas chômé ! ». En uniforme bleu roi siglé Ville de Paris, Pierre Clotaire s’occupe de l’entretien du parquet, du décrochement des tableaux, donne un coup de main quand il y a besoin. Un vrai couteau suisse. Trente ans qu’il fait ce métier. Passé par le Musée d’Art Moderne, puis le Musée Carnavalet, « Monsieur Clotaire », comme tous ses collègues le surnomment dans les couloirs du musée, ne s’est jamais lassé de travailler parmi les œuvres d’art.

Pierre Clotaire travaille au Musée depuis trente ans. Il apprend toujours à connaître Victor Hugo.
Pierre Clotaire travaille au Musée depuis trente ans. Il apprend toujours à connaître Victor Hugo. - Lucie Bras

 

« J’ai appris à découvrir l’homme qu’il était, tout ce qu’il a fait, ses dessins, la pyrogravure. Ça m’étonne de lui. Quand je partirai à la retraite, je continuerai à en apprendre sur lui », plaisante le plus ancien de l’équipe.

La vie de Victor Hugo est devenue le quotidien de ces hommes et femmes discrets, un héritage qu’ils entretiennent tous les jours avec respect, conscients de son importance. « Ce n’est pas qu’un quotidien, c’est un grand plaisir de travailler chez un grand écrivain », reconnaît Myriam.

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Une dizaine de minutes avant l’ouverture aux visiteurs, Sandrine a terminé sa tâche et attaque la deuxième partie de sa journée, publique, celle-là. Au même endroit où, plus tôt, elle passait le plumeau, elle s’assoit sur une chaise et s’apprête à regarder les visiteurs défiler jusqu’à 17 heures. Victor Hugo, elle s’y intéresse, mais pas au point d’y consacrer ses week-ends. « Quand je me penche trop sur la question, j’ai l’impression de ressasser le travail », sourit-elle.

10 heures. Le musée Victor Hugo est prêt à ouvrir ses portes au public.
10 heures. Le musée Victor Hugo est prêt à ouvrir ses portes au public. - Lucie Bras