Renaud se met à nu... et c’est un peu gênant

CHANSON Le chanteur sort un nouvel album dont l'histoire vaut mieux que la musique…

Benjamin Chapon

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Renaud à Paris en janvier 2016
Renaud à Paris en janvier 2016 — Francois Mori/AP/SIPA

Voilà le pitch. Un chanteur qu’on croyait mort (dépression + alcoolisme + retraite dans le Sud-Est) a retrouvé goût à la vie et à la chanson grâce à une série de coups de pied au cul (attentat à Charlie Hebdo + cure de désintoxinvitation sur un disque par Grand Corps Malade).

Renaud est de retour. Prétendument fâché avec les médias, il a pourtant donné de nombreuses interviews pour promouvoir ce nouvel album, son seizième. L’histoire est belle, l’envie d’y croire avait permis de ne pas trop s’en faire à l’écoute de Toujours debout, single où il narre dans un premier degré assez affligeant avoir « toujours la banane ». « Je fais plus les télés, j’ai même pas Internet » chante Renaud avant de dégommer « les trous du cul » qui l’ont cru mort. Alors on a préféré le croire vivant.

Le blouson noir a terni

Donc, Renaud n’est pas mort, il a encore des choses à chanter, la voix et l’inspi’ sont toujours là. Hélas, cette introduction ne débouche sur rien. Les quatorze titres de l’album ne sont pas à la hauteur de la légende. Dévoilée à la veille de la sortie de l’album, la chanson J’ai embrassé un flic, réponse émotionnelle aux attentats de janvier 2015 joue sur le décalage « moi le loubard, maintenant j’aime la police. »

Le cliché, déjà bien exploité il y a un an, est d’autant plus éculé que plus personne ne perçoit Renaud comme un militant antisystème. Autre évocation des attentats, la chanson Hyper Cacher, qui décrit la prise d’otages par le menu, est carrément grotesque.

Voix sans issue

Renaud, qui a gagné le cœur des fans dans les années 1980 avec son mélange de mots tendres et de sentences argot bien senties, livre plusieurs chansons d’amour paternel. Héloïse, avec un refrain mignon tout plein à destination de sa petite-fille, ou Petit Bonhomme, pour son fils Malone, répondent à La vie est moche et c’est trop court et Mon anniv où Renaud chante sa tristesse et son dégoût du temps qui passe, et s’apitoie sur son sort. On peut aussi être touché par sa déclaration d’amour à la poésie dans Les mots.

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Tous ces efforts, qui pourraient être touchants, sont gâchés par des textes paresseux et surtout des mélodies sans entrain. On ne retient rien d’une première écoute de l’album et guère plus de la seconde. Encore plus que sa voix, Renaud a perdu sa plume, et c’est plus embêtant.

Ni touché ni coulé

Sans aller jusqu’au titre caché de l’album (sans déconner, n’y allez pas), navrant slam vulgaire, les chansons Petite fille slave (itinéraire d’une prostituée sans papier) ou La nuit en taule démontrent que Renaud n’a plus la recette.

On nous a raconté combien le chanteur avait du faire d’effort pour retrouver la santé. On peut prendre cet album de Renaud comme le symbole de sa courageuse victoire sur l’alcoolisme et en rester là. Si on en attend de bonnes chansons, en revanche, la déception est au rendez-vous.