«Magnetismo»: La Yegros délocalise la nu cumbia en France

MUSIQUE Considérée comme underground en Argentine, plus traditionnelle en France, la chanteuse La Yegros revient avec un deuxième album de nu cumbia, ce genre électro inspiré de la cumbia colombienne…

Benjamin Chapon

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La chanteuse argentine La Yegros s'est installée en France, à Montpellier
La chanteuse argentine La Yegros s'est installée en France, à Montpellier — HIM médias

Il y a trois ans, les oreilles françaises découvraient La Yegros via son tube, Viene de mi, puis l’album du même nom. Quelques concerts très agités finissaient de convaincre que la nu cumbia, genre électro inspiré de la cumbia colombienne, était promise à un grand avenir en Europe. Certains n’hésitant pas à prophétiser un raz-de-marée musical à venir.

Alors que sort son deuxième album, Magnetismo, et qu’une série de concerts a débuté, La Yegros n’est toujours pas une star interplanétaire, même si sa tournée l’a emmenée peu ou prou sur tous les continents. « Je ne sais pas trop si la nu cumbia peut devenir un truc énorme, que tout le monde se mette à en écouter en discothèque, et cætera. Moi, mon succès me suffit. Je suis déjà tellement contente de pouvoir faire ma musique et en vivre. »

Une artiste underground en Argentine

Le succès de son premier album a conduit la chanteuse argentine a bouleversé sa vie. Elle vit désormais en France, à Montpellier. « J’ai senti que c’était le bon moment dans ma vie pour m’installer en France. Ma musique est très bien reçue en Europe, mon label est à Londres. » Et pourquoi ne pas s’installer à Londres ou Paris ? « Ah ben non, il ne faut pas exagérer, j’ai besoin de soleil ! »

Bien installée, La Yegros a pu piloter les compositions de son nouvel album dans lequel elle s’ouvre un peu plus encore aux traditions musicales sud-américaines, des rythmes chamamés de l’Argentine du nord aux mélodies andines ou, bien sûr, la cumbia colombienne. « J’ai toujours voulu m’ouvrir aux musiques du continent sud-américain, c’est mon truc, explique La Yegros. En Argentine, je suis vu comme une artiste un peu excentrique, underground. Alors qu’en France, les gens ont l’impression que je perpétue une tradition. C’est amusant ce décalage… »

Un public maladroit mais touchant

Capable de marier les traditions et la musique urbaine, La Yegros n’est pas prophète en son pays pour une autre raison. « En Argentine, le monde de la musique est très macho. La société argentine progresse un peu. Les femmes ne sont plus obligées de rester chez elles pendant que les maris sortent. Mais dans la musique, les artistes femmes sont encore mal considérées. C’est un milieu très conservateur, pas du tout progressiste. »

C’est donc avec joie que La Yegros s’épanouit aujourd’hui en Europe où elle a trouvé un public enthousiaste : « Le public compense parfois sa méconnaissance de la cumbia par de l’enthousiasme. Il y a des rythmes vraiment difficiles à danser quand on n’a pas l’habitude alors les gens sautent, bougent, lèvent les bras. C’est très touchant. »