Nintendo licencie une employée victime d'une campagne sexiste sur Internet

INTERNET L’entreprise de jeux vidéo dément tout lien entre sa décision et le harcèlement dont était victime la jeune femme…

M.C.

— 

Alison Rapp est victime d'une campagne de dénigrement en ligne.
Alison Rapp est victime d'une campagne de dénigrement en ligne. — Alison Rapp.

Elle était connue pour ses prises de position féministes. Alison Rapp, une employée de Nintendo victime depuis plusieurs semaines d’une violente campagne de harcèlement en ligne, au cours de laquelle des individus ont fouillé sa vie privée et fait pression sur l’entreprise pour obtenir son renvoi, a été licenciée. Si Nintendo affirme s’être séparé de la jeune femme pour d’autres raisons, l’intéressée met la campagne en cause, soulignant une nouvelle fois l’influence d’une poignée de trolls sur Internet.

« Comme beaucoup d’entre vous le savent, les deux derniers mois ont été une avalanche de polémique et de harcèlement de la part du [Gamergate] », a tweeté mercredi Alison Rapp, qui travaillait pour la division Treehouse de Nintendo, dédiée à la localisation de jeux pour les marchés américain et européen. Elle fait allusion au mouvement hétéroclite de joueurs qui tweetaient à l’origine, à l’été 2014, sous le hashtag #gamergate pour lutter notamment contre les amalgames et attaques simplistes dont ils disaient être victimes, mais est rapidement devenu un repaire de commentateurs réactionnaires et misogynes.

Traitée de « féminazi »

Cette série d’attaques a commencé quand des joueurs occidentaux se sont aperçus que deux jeux en provenance du Japon, Xenoblade Chronicles X et Fire Emblem Fates, avaient subi des altérations lors de leur adaptation pour les marchés occidentaux, notamment le choix, pour le premier jeu, d’une garde-robe moins dénudée pour un personnage âgé de 13 ans, ou la suppression d’un outil qui permettait de régler la taille de la poitrine d’un avatar féminin.

Rapidement désignée comme la responsable de ces changements (ce qu’elle dément) jugés révoltants par certains, Alison Rapp a été étiquetée comme une « guerrière de la justice sociale », traitée sur les réseaux sociaux de « féminazi », de « cancer » et d’une ribambelle d’autres noms difficiles à reproduire ici.

>> A lire aussi : L'industrie du jeu vidéo appelle à calmer le jeu sur «Gamergate»

Les trolls ne se sont pas arrêtés là, fouillant ses tweets et sa vie privée. Ils découvrent au passage un mémoire datant de 2011, dans lequel elle s’interrogeait sur les pressions internationales exercées sur le Japon pour que le pays adopte des lois contre la possession de matériel pornographique infantile, argumentant en faveur d’une meilleure compréhension des normes culturelles nipponnes. Cet écrit lui vaut alors l’étiquette de « pro-pédophilie ».

« Diversité »

« Aujourd’hui, la décision a été prise : je ne suis plus une bonne représentante de Nintendo, et j’ai été licenciée », a tweeté Alison Rapp, établissant clairement un lien entre cette décision et la campagne de dénigrement dont elle est victime. La branche américaine de Nintendo dément, affirmant que son ex-employée exerçait une autre activité professionnelle « qui rentrait en conflit avec son emploi » dans l’entreprise. Reconnaissant au passage les attaques dont Alison Rapp était la cible, Nintendo se dit fermement attaché à la « diversité » dans l’industrie du jeu vidéo et opposé au harcèlement des personnes « à cause de leur sexe, de leur race, ou de leurs convictions ».

Dans un nouveau tweet publié dans la nuit de jeudi à vendredi, Alison Rapp rejette l’explication. « Le fait est que nous avons laissé l’industrie [du jeu vidéo] aller dans une direction où le féminisme est considéré comme dangereux. Il faut que cela change. »