«Je ne fais pas de l'humour gay, je défends le droit à rigoler de tout», clame Jarry

PORTRAIT Intervenant de « Comment ça va bien ! » sur France 2 et habitué de « Vendredi tout est permis » sur TF1, Jarry est un visage de plus en plus familier pour les téléspectateurs. Rencontre avec un artiste au masculin singulier…

Fabien Randanne

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L'humoriste Jarry.
L'humoriste Jarry. — Gilles Gustine - France Télévisions

Il sera ce soir, à 22h45, sur TF1, dans Vendredi tout est permis, dont il est un habitué. Au gré des zappings, vous l’avez sans doute déjà vu dans ses sketches hebdomadaires de Comment ça va bien !, sur France 2, ou invité bon client de Touche pas à mon poste, sur D8. Bientôt, il commentera, pour France 4, les demi-finales de l’ Eurovision. Cela fait six mois que Jarry, déploie sa trogne sur le petit écran en instillant sa folie douce.

Au fil du temps, l’humoriste a su trouver sa place dans le cœur du grand public, faisant mentir ces responsables de chaînes qui, à une époque, le trouvaient « trop clivant ». Un peu de provoc, beaucoup de causticité, des personnages hauts en couleur campés passionnément, la carte de l’absurdité jouée à la folie : le cocktail qu’il propose fait mouche. Les enfants voient en lui « un personnage de cartoon » quand les adultes se gaussent devant sa trivialité parsemée d’éclats rose bonbon.

« Je suis fier d’aimer, d’être aimé… »

Certains de ses détracteurs le trouvent « trop folle » et le lui disent parfois sur les réseaux sociaux. « Quand je leur réponds, ils sont surpris que je le fasse et me disent : "Excuse-moi, je me rends compte que ce que je t’ai écrit était violent" », raconte Jarry à 20 Minutes. Le comédien, qui préfère clairement la communication aux non-dits assume ouvertement son homosexualité : « Ça n’a jamais été un problème. Je me suis dit : "Soit je subis, soit j’en suis fier". Et en fait, je suis fier d’aimer, d’être aimé… Je suis fier parce que si la vie a choisi ça pour moi, c’est qu’il y a un sens à tout ça. »

Le trentenaire a grandi dans une famille de viticulteurs près d’Angers, entouré de trois frères « hypermasculins ». Ado, il a essayé de copier leurs attitudes, mais s’est vite résolu à ne pas refréner le naturel. « Je ne veux pas passer mon temps à jouer un personnage. En tant que comédien, j’en joue déjà plusieurs sur scène alors, si dans ma vie je dois en jouer un autre, quand est-ce que je respire ? », se demande-t-il.

Jarry ne remplit pas le cahier des charges supposé de la masculinité et il s’en porte très bien : « C’est profondément ma nature, je transpire ça. » Ce qui l’énerve, en revanche, c’est de lire des articles avançant qu’il fait de « l’humour gay ». « Ça m’agace, ça donne raison à tous ceux qui essaient d’être méchants avec moi. C’est tout l’inverse que j’essaie de défendre, s’emporte-t-il. Quand je dis aux gens : "Je suis sûr qu’on peut vivre ensemble, qu’on peut rigoler ensemble de tout", j’en suis persuadé. »

Il a travaillé auprès de détenus, de toxicomanes…

Fureter sur le terrain du politiquement incorrect est son leitmotiv. « Si tu ne repousses pas les limites, les limites se réduisent et on perd nos libertés », avance le comédien qui aime appuyer ses vannes sur des clichés pour mieux désamorcer les stigmatisations. « Un soir, [alors qu’il jouait son spectacle], il y avait une femme voilée au deuxième rang. A un moment je lui ai dit : "Excusez-moi, mais je veux vous poser la question que tout le monde se pose : "Est-ce que vous avez une ceinture d’explosifs sur vous ?" Toute la salle a rigolé. Et heureusement qu’on peut en rigoler, avance celui qui déteste les idées reçues. Ce qui me fait le plus souffrir, c’est quand les gens s’arrêtent sur des choses sans avoir fait la démarche de s’y intéresser. »

Jarry, lui, a eu l’occasion de revoir ses jugements hâtifs et ses a priori lorsque, avant de créer son premier spectacle, il a mis ses compétences artistiques au service de lycéens en difficulté, de détenus, d’autistes, de toxicomanes. « J’étais devenu le spécialiste du théâtre comme moyen thérapeutique, d’apprentissage et de réinsertion, se remémore-t-il. Ma passion devenait utile. Elle permettait à des autistes de se concentrer, de se connecter avec la réalité. Elle permettait à des toxicomanes de gérer leurs crises… »

« J’aime bien savoir qu’il y a des gens qui ne m’aiment pas »

Autant d’expériences qui ont aussi enrichi son ouverture d’esprit. « J’ai toujours été attiré non pas par les minorités – je n’aime pas ce mot –, mais par les particularités, les atypiques », assure le comédien qui, sans s’en rendre compte a employé le titre de son spectacle, Atypique, qu’il joue depuis trois ans sur les scènes de France. Un intitulé préféré à Pot-pourri parce que le terme « est aussi positif que négatif et peut signifier plein de choses ». Un flou et une ambivalence dans lesquels l’artiste se retrouve : « Toute ma vie, j’ai souffert qu’on me mette dans des cases. Je suis singulier, mais sans le cultiver. Mais au fond, je me trouve très simple. »

Et si, malgré tout, Jarry ne fait pas l’unanimité, il ne s’en formalise pas. « J’ai conscience que je ne peux pas plaire à tout le monde. Je n’ai déjà pas plu à tout le monde dans ma famille…, relativise-t-il. Mais ça ne me pose pas de problème, j’aime bien savoir qu’il y a des gens qui ne m’aiment pas. Ça veut dire que j’ai encore du travail à faire et qu’il y a des choses qu’ils n’ont pas encore perçues de moi. » Cela tombe bien, il a son grand cœur à mettre à l’ouvrage.

*Atypique, actuellement en tournée en France (le 31 mars à Angers, le 23 avril à Lille, le 28 avril à Talence…). Rens. :  jarryatypique.fr