Le Douanier Rousseau: On a fact checké la chanson de la Compagnie créole au musée d’Orsay

EXPOSITION Le musée d’Orsay, à Paris, consacre une rétrospective au peintre naïf…

Benjamin Chapon

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Le rêve par Le Douanier Rousseau Lancer le diaporama
Le rêve par Le Douanier Rousseau — Le Douanier Rousseau

Le musée d’Orsay consacre sa grande exposition de Printemps au Douanier Rousseau, peintre souvent présenté comme unique en son genre. Sous-titré L’innocence archaïque, l’exposition veut au contraire replacer Le Douanier Rousseau dans « la lignée de l’archaïsme », explique l’une des commissaires de l’exposition Claire Bernardi. « On évoque souvent ses échecs au salon, sa soif de reconnaissance, ses nombreuses déceptions académiques… Mais il a inspiré des peintres contemporains tout comme il a été inspiré par les primitifs italiens. »

Méconnu et mal-aimé de son vivant, Le Douanier Rousseau avait pourtant séduit l’avant-garde de son temps. Picasso, Apollinaire, Fernand Léger, Kandinsky… En 1908, Picasso organisa le fameux banquet au bateau-lavoir en l’honneur du Douanier Rousseau. « C’était à moitié par moquerie, à moitié une reconnaissance », concède Claire Bernadi. Même Guy Cogeval, président du Musée d’Orsay, le considérait comme « un peintre mineur » jusqu’à sa visite d’une exposition consacrée au peintre à Venise en 2015 : « ça a été mon chemin de Damas. Aujourd’hui, je reconnais mon aveuglement passé et mes torts. Il s’agit sans conteste d’un grand peintre. » A bien des égards, « le passage à la postérité du Douanier Rousseau ne s’est pas fait de façon linéaire », explique Claire Bernadi.

En effet, 75 ans après le banquet de Picasso, une autre forme de reconnaissance-moquerie s’abattit de manière posthume sur le Douanier Rousseau. En 1983, la Compagnie Créole sort son tube : Vive le Douanier Rousseau.


« Bonjour, bonjour, je viens vous inviter.
Laissez tout tomber, on va embarquer
Pour un pays, qui va vous enchanter,
Vous embéguiner, laissez-vous tenter. »


Les paroles de la chanson évoquent les paysages enchanteurs des îles caribéennes aussi bien que les fameux tableaux de jungle. Acteur majeur pour le passage à la postérité du peintre, le groupe créole est-il pour autant un critique d’art digne de confiance ? Nous avons profité d’une visite à l’exposition du musée d’Orsay pour vérifier les descriptions des toiles par la Compagnie créole.

Est-ce vraiment « un jardin merveilleux, un spectacle permanent » ? Sans nul doute. « On sait que le Douanier Rousseau n’a jamais voyagé, il inventait ses paysages à partir d’observations divers au jardin des plantes à Paris ou dans des revues. Ses toiles sont truffées de détails merveilleux, il ne s’embarrassait ni des règles de la perspective ni de précision botanique » explique Gabriella Belli, directrice de la Fondazione Musei Civici di Venezia et commissaire générale de l’exposition.

« Y a des perroquets bleus qui boivent du lait d’coco », dit la chanson. Dans les tableaux, on trouve des perroquets mais aucun ne boit de lait de coco.

« Y a des poissons tropicaux, pleins d' piquants sur le dos, oho, oho, oho… » ? Non, pas de faunes aquatiques chez le Douanier Rousseau, pas non plus de « crocodiles bien intentionnés. »

En revanche, plusieurs tableaux confirment qu’« au clair de la lune, dans la forêt endormie, des ombres félines se dessinent par magie » et on peut effectivement trouver « p’tits singes amoureux, qui jouent les Roméo, oho, oho, oho… »

« Y a des soleils de feu cachés dans les roseaux » ?

Les tableaux où se nichent les détails, vérifiés ou non, de la chanson de la Compagnie créole sont tous regroupés dans la dernière salle de l’exposition. Le reste du parcours permet de découvrir des aspects moins connus de l’œuvre du Douanier Rousseau, qu’aucune chanson populaire n’a, hélas, encore glorifiés. Ses natures mortes, portraits d'enfants, glorifications des vertus républicaines, sa version unique de symbolisme académique... Tous ces aspects de l'oeuvre riche du Douanier Rousseau sont confrontés à des tableaux de Seurat, Delaunay, Kandinsky ou Picasso. Une exposition, certes mais assurément aussi « un spectacle permanent ».