Preview BD: «Contrecoups-Malik Oussekine» revient sur une bavure policière vieille de 30 ans

BD Les éditions Casterman et « 20 Minutes » ont le plaisir de vous présenter les 10 premières planches de « Contrecoups », de Frédéric-Laurent Bollée et Jeanne Puchol…

Olivier Mimran

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L.-F. Bollée, J. Puchol & éd. Casterman 2016

S’il est un événement qui a marqué les centaines de milliers d’étudiants qui, voilà trente ans, ont manifesté contre la «Loi Devaquet » (une tentative de réforme du système universitaire), c’est bien la mort de Malik Oussekine, ce jeune homme sans histoire tombé, le 5 décembre 1986, sous les coups de voltigeurs - une brigade motorisée désormais dissoute.

Âgé de 19 ans à l’époque, le scénariste Laurent-Frédéric Bollée raconte les événements dans Contrecoups, un roman graphique dessiné par Jeanne Puchol. Il a confié à 20 Minutes à quel point cette « affaire » l’avait, lui aussi, durablement bouleversé. Retrouvez son témoignage à la suite de la preview, ci-dessous. Bonne lecture !

Résumé 

Paris, le 6 décembre 1986. Suite une manifestation estudiantine contre le projet de réforme universitaire du ministre délégué Alain Devaquet une tragique bavure policière entraîne la mort de Malik Oussekine, jeune étudiant de 22 ans. A la suite de cette tragédie, Devaquet présente sa démission. 30 ans après Jeanne Puchol et Laurent-Frédéric Bollée ravivent notre attention sur cet événement très médiatisé, qui aujourd’hui encore trouve des retentissements dans une France en proie à de nombreux troubles sociaux.

Des faits doublement révoltants

« La mort de Malik Oussekine reste, pour moi, une sorte de blessure intérieure, mais lointaine (puisque je n’ai, pour ma part, participé à aucune des manifestations de l’époque). Je pense qu’elle a aussi marqué tous ceux qui avaient autour de 20 ans en 1986 », se souvient Laurent-Frédéric Bollée. À ceux qui n’en auraient pas connaissance, il faut rappeler que les faits s’avérèrent alors doublement révoltants : d’une part, la victime était un jeune homme absolument innocent (il sortait d’un club de jazz et n’avait rien à voir avec les manifestants) ; de l’autre, les pouvoirs publics s’étaient, dans un premier temps, vainement évertués à étouffer l’affaire.

Un matériau précieux

« Ça ne m’a pas obsédé pendant trente ans », souligne Laurent-Frédéric Bollée, « mais c’est resté comme imprimé dans mon esprit. Et puis il y a deux ou trois ans, alors que je m’attelais à élaborer quelques projets de romans graphiques, les faits me sont revenus en mémoire et j’ai immédiatement réalisé qu’ils possédaient une dramaturgie incroyable ». Cet aspect « faits divers », un matériau précieux pour un scénariste, a donc aussitôt inspiré l’auteur de Terra Australis. Mais plutôt que de retranscrire « bêtement » les événements à la manière d’un documentaire, il a décidé d’entremêler faits avérés et fiction.

Manifestations après la mort de malik Oussekine

Réactions humaines

L’album adopte ainsi un ton choral en mettant en scène, la fameuse nuit du 5 décembre 1986, plusieurs protagonistes (fictifs, donc) directement impliqués dans le drame : des étudiants, des policiers, des infirmiers du Samu, une médecin-légiste, des hommes de pouvoir, de simples passants… « Mon récit se veut humain et aspire à brosser un panorama – en toute modestie – de la société d’alors », précise L.-F. Bollée. « l’idée est de montrer que chacun, quelle que fût sa position, son rôle, a vécu le contrecoup de ces événements à sa façon. Chacun, finalement, a dû avoir une réaction humaine, même si elles ont toutes certainement été différentes ».

De fait, chacun semble un peu « victime » des événements, même les personnages dont les comportements semblent d’abord condamnables (notamment ceux appartenant aux pouvoirs publics. « Ce n’est évidemment pas un brûlot anti policiers, dans lequel ces derniers seraient représentés comme des nazis et les passants dans la rue comme des victimes », se défend l’auteur. « Après, je pense quand même que, trente après, les faits ne laissent plus aucune place au doute quand aux responsabilités des uns et des autres… ».

Une vraie bavure policière

Cette bavure qui a plombé « la première cohabitation » (Mitterrand, PS, était alors Président de la République et Chirac, RPR Premier ministre) « reste emblématique de ce qu’est une vraie bavure policière », regrette L.-F. Bollée. « Ça n’était pas la première mais, malheureusement, pas la dernière non plus (l’exemple récent de la mort de Rémy Fraisse le rappelle) ». Bouleversant -et pas seulement pour les désormais quinquagénaires- ce roman graphique ni à charge, ni à décharge, éclaire ainsi avec intelligence -et beaucoup de délicatesse- un épisode encore douloureux pour qui l’a vécu… de près ou de loin.

« Contrecoups - Malik Oussekine », de L.-F. Bollée et J. Puchol/éditions Casterman, 18,95 euros