Yelli Yelli, la musique kabyle apprise par coeur

MUSIQUE La chanteuse française explore ses racines kabyles pour son nouvel album...

Benjamin Chapon

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La chanteuse Yelli Yelli
La chanteuse Yelli Yelli — Alexandra Reghioua

Elle a grandi à Maisons-Alfort, vécu en Suède, au Japon… Maintenant, elle habite à Biarritz et son nouvel album, elle l’a enregistré dans les Cévennes. Tout à fait naturellement, elle y chante… en kabyle. Avant de trouver son nouveau nom de scène Yelli Yelli (la petite, en kabyle), Emilie Hanak se faisait appeler Milkymee et développait un projet musical aventureux entre électro et chanson pop, en anglais. « Je n’arrivais plus à faire des choses qui me rendaient heureuse musicalement, raconte la musicienne. C’était une période un peu triste, mais banale, que traverse beaucoup d’artistes. Il y avait une urgence de rupture radicale. Alors j’ai repensé à ses musiques kabyles que ma mère écoutait tout le temps. »

La Kabylie est un pays de fantasmes pour la petite Emilie. Sa mère en parle peu. A la maison, la langue officielle est le français. Mais il y a ce grand-père très mystérieux avec ses histoires qui parlent d’un pays de contes. Et surtout la musique. « J’ai proposé un projet de reprises à Piers Faccini. » Mais l’exigeant musicien semi-ermite cévenol aux racines culturelles multiples demande à la chanteuse des compositions originales. « Je m’y suis collé. J’ai appris le kabyle, j’avais un coach. J’assume mon accent français, qui raconte qui je suis, d’où je viens. J’assume aussi de n’être jamais allé là-bas. Que ça reste un pays imaginaire fertilise ma créativité. »

Fierté de bonne élève

L’album de Yelli Yelli raconte les voyages imaginaires d’une petite kabyle de France sur des accents folks. « Ce n’est pas un album de musique kabyle même si je suis fière d’avoir réussi à y chanter dans cette langue. Je suis un peu une geek des langues. Je baragouine japonais, je parle très bien suédois. J’aime beaucoup apprendre les langues. Mais jusque-là, le kabyle, je n’y avais jamais songé. C’était une anomalie. » Le français s’invite également sur quelques titres, et boucle le chemin. « J’ai eu une sorte de fierté de bonne élève qui a bien fait ses devoirs, d’avoir réussi à écrire en kabyle et en français, langue qui m’intimidait tout autant. ça me donne le sentiment d’avoir mérité cet album. Mais j’ai aussi des regrets, de ne pas avoir appris cette langue plus tôt. »

Emilie Hanak confesse avoir « des doutes » sur l’avenir de Yelli Yelli après la tournée. « Cet album est un cheminement personnel. Maintenant qu’il est fait, je ne vois plus trop ce que je pourrais raconter en tant que Yelli Yelli. Mais musicalement, émotionnellement, cette expérience m’a énormément apporté. La suite sera sans doute excitante. »