Chargé du «nettoyage» de Fukushima, il en tire un manga

MANGA Cinq ans après l’explosion d’une partie de la centrale nucléaire de Fukushima, un des ouvriers qui travaille à la « désinfection » du site raconte son quotidien en bande dessinée…

Olivier Mimran
ICHI EFU © Kazuto Tatsuta / Kodansha Ltd.

Davantage que le tsunami qui, le 11 mars 2011, ravagea la côte ouest du Japon, c’est l’endommagement des installations nucléaires de Fukushima, l’une de ses plus terribles conséquences, qui a durablement marqué les esprits. Depuis, des milliers d’hommes se succèdent sur le site pour le « nettoyer ». Doué d’un joli coup de crayon, l’un d’eux a raconté dans un manga, Au coeur de Fukushima (Kana) en quoi consiste vraiment leur travail.

D’aspirant-mangaka à ouvrier nucléaire

Au moment de la catastrophe, Kazuto Tatsuta (un pseudonyme, pour d’évidentes raisons de sécurité) essayait, sans grand succès, de percer comme mangaka. Alors lorsqu’il a été annoncé que Tepco (l’entreprise gestionnaire de la centrale de Fukushima) s’apprêtait à embaucher des milliers d’ouvriers chargés de nettoyer les installations nucléaires, ce trentenaire a fait partie de la première fournée de volontaires.
 

Des ruines de la centrale de Fukushima


Son ambition n’était pas de raconter son expérience plus tard, mais plutôt, précise-t-il, de « voir par moi-même ce qui se passait sur place ». Car dès le lendemain du tsunami, de nombreux Japonais et certains médias évoquaient des « vérités cachées à Fukushima », des risques prétendument minimisés, des responsabilités occultées etc.

Le quotidien, simplement…

C’est donc après sa mission de « nettoyeur » qu’est venue à Kazuto Tatsuta l’idée de partager son expérience dans un manga. Le résultat est convaincant, et très instructif car le mangaka n’a aucune velléité critique ; il se contente de raconter le quotidien, passionnant, des « travailleurs » de Fukushima : à quelles contraintes ils se plient chaque jour, dans quelles conditions ils approchent les sites radioactifs, la teneur de leurs échanges.

Les contrôles sont stricts à Fukushima


Un témoignage à valeur documentaire

Ce premier volume (la série en comptera trois) met donc en avant l’après-catastrophe à hauteur d’homme. Il dispense énormément d’informations (de manière certes un peu clinique) qui nous permettent de mieux comprendre ce qu’a été la gestion – parfois hasardeuse, mais en majorité efficace — de la catastrophe par les autorités nucléaires nippones et Tepco. En ce sens, le témoignage de Tatsuta revêt une grande valeur documentaire… et révèle un mangaka de talent, dont on se demande après-coup comment il a pu rester si longtemps sans percer.

 

Au cœur de Fukushima, de Kazuto Tatsuta – éditions Kana, tome 1, 9,90 euros