Nord, Jaune, O, Bagarre, Molécule... Ces musiciens s'en tapent de Google

MUSIQUE Nord, Jaune, O, Bagarre, Molécule… Autant de noms de groupes introuvables sur les moteurs de recherche…

Benjamin Chapon
La chanteuse Raphaële Lannadère s'était fait connaître sous le nom de scène L
La chanteuse Raphaële Lannadère s'était fait connaître sous le nom de scène L — Yann Rabanier

Mettons qu’un ami vous parle de son dernier coup de cœur musical. « Ça s’appelle Nord, c’est de la super chanson française électro. » Allez, je vais lui faire confiance et aller écouter ça. Première étape, logique : taper « Nord » dans Google. 540.000.000 de résultats. Au bout de sept pages de recherche, aucune mention de l’artiste recherché. Pas mieux avec « Nord + Musique » ou même « Nord + Soundcloud ». Ironie, le plus récent clip de l’artiste est celui de son morceau intitulé Mémorable.

En ce moment, la tendance est aux idées piochées dans le dictionnaire des noms communs. En attendant le deuxième album de La Femme, sortent les premiers opus de Jaune, Sage, Juniore, Bagarre, Molécule, Un orage… Il y a aussi les noms de ville, comme Metz ou Granville. Autant de noms de groupe qui les rendent indétectables sur Google.

« J’ai travaillé pour le chanteur Bo. Lui, pour le trouver sur Google, c’est infernal. Même en tapant « bo musique », on tombe sur des pages et des pages de résultats en lien avec des bandes originales (BO) de films… », raconte Brigitte Batcave, attachée de presse indépendante. Malgré tout, les managers interrogés sont unanimes : le plus important, c’est que l’artiste se fasse connaître. Un nom original avec un univers marqué, ça aide. Dans ce cas-là, peu importe qu’il soit difficile à trouver sur internet. Le succès de La Femme leur permet d’apparaître aujourd’hui en tête des propositions sur Google. Tout comme Fauve.

D’un Z qui veut dire Zéro chance d’être googliser

« Parfois un groupe arrive avec un nom pas terrible pour telle ou telle raison mais c’est souvent contre-productif de le changer », raconte Melissa Phulpin, attachée de presse et manager qui citele cas de la chanteuse L qui a eu un beau succès critique avec son premier album intitulé Initiale. Il y a quelques semaines, la chanteuse a sorti son deuxième album avec cette fois son nom complet, Raphaële Lannadère. « Elle avait obtenu une belle notoriété sous le nom de L mais c’était vraiment galère sur les réseaux sociaux et Google. En reprenant son nom complet, elle a perdu le bénéfice du travail réalisé avec le premier album. Les journalistes ne voyaient pas du tout de qui je voulais parler. » On imagine les dialogues de sourds façon Dîner de con : « Raphaële Lannadère, c’est qui elle ? – Ben, tu sais, c’est L. »

Pour ne rien arranger, le prénom de l’artiste s’écrie avec un seul "l"… Comme une galère ne vient jamais seule, Melissa Phulpin s’occupe également des relations presse d’Olivier Marguerit qui a choisi la lettre O pour nom de scène : « C’est compliqué mais au moins ça donne lieu à de chouettes jeux de mots en titre des articles. Et l’artiste est très attaché à ce nom. »

« J’aime bien l’idée d’être un peu caché »

L’artiste en question nous explique que ce nom « s’est un peu imposé de lui-même. Je signais mes mails comme ça. Et quand j’ai commencé ce projet solo, j’ai travaillé autour de la notion de cercle musical. Cette lettre est comme un symbole. Au début, le projet était assez confidentiel alors je ne me posais pas trop de questions. Quand j’ai commencé à travailler avec des collaborateurs sur le projet, on m’a dit que ça serait hypercompliqué. Et c’est vrai qu’on trouve difficilement mon disque sur Google. Mais j’aime bien aussi l’idée d’être un peu caché. »

Le succès du chanteur M, alias Matthieu Chedid, pourrait redonner du baume au cœur de L et O. « Lui aussi il a galéré au début parce que les vendeurs Fnac ne savaient pas dans quel bac le ranger, se souvient Olivier Marguerie. Il finissait avec les groupes en vrac qui commencent par M. »

Il y a quelques années, le groupe !!! [prononcer « Tchick Tchick Tchick »] avait déjà fait fort, tout comme Prince qui voulait être désigné par une sorte de « love symbol » imprononçable. L’histoire de la musique regorge de groupes à succès aux noms improbables, nés avant ou après l’événement mondial de Google. Si les dieux de la musique le veulent, le chanteur Nord apparaîtra bientôt en tête des requêtes sur Google.