«Merci patron!»: Des journalistes du «Parisien» dénoncent la « censure» de leur journal

MÉDIAS Plusieurs syndicats de journalistes du « Parisien » déplorent de n’avoir pas pu évoquer dans les pages du quotidien le film de François Ruffin critique à l’égard de Bernard Arnault, propriétaire du journal…

F.R.

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Image extraite de «Merci patron!», film de François Ruffin.
Image extraite de «Merci patron!», film de François Ruffin. — Jour2fête

« Ordre a été donné aux confrères du service culture-spectacle qui avaient visionné [Merci patron !] de ne pas le chroniquer, fut-ce en 10 lignes. De même a été repoussée plus tard une proposition de sujet du service politique sur le buzz suscité à gauche par le film sous prétexte qu’il s’agissait "d’un sujet militant", "et qu’il y avait d’autres sujets prioritaires ce jour-là". L’argument est étonnant car s’il ne faut plus parler dans nos colonnes des actes militants, la rubrique politique a-t-elle encore une raison d’être ? »

Dans un communiqué publié sur le site de Fakir, le journal lancé par François Ruffin, les syndicats SNJ, FO, SNJ-CGT et la SDJ du ParisienAujourd’hui en France dénoncent la « censure » qui a été imposée à la rédaction du quotidien. Le film de François Ruffin, Merci patron ! n’a pas pu être évoqué dans les pages du journal.

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Le long-métrage, qui a été vu par plus de 80.000 spectateurs depuis sa sortie le 24 février, est peu amène envers Bernard Arnault, le PDG de LVMH… également propriétaire du Parisien. Ce documentaire, qui a davantage des allures de thriller-réalité mâtiné de film social, montre notamment un couple de chômeurs, les Klur, en difficulté depuis qu’ils ont été licenciés d’une entreprise du groupe LVMH, réclamer au milliardaire le versement de 30.000 euros pour éponger leurs dettes, en le menaçant de révéler leur calvaire aux médias.

Le communiqué des syndicats de journalistes du Parisien avance que le directeur de la rédaction, Stéphane Albouy, assume sa décision. Selon des propos retranscrits, il aurait refusé « même en 10 lignes, [de] faire la promotion d’un procédé déloyal, malhonnête qui a instrumentalisé les Klur ».

« Aucune pression ni consigne venue d’en haut »

« Faudra-t-il donc désormais passer sous silence toutes les enquêtes menées en caméra cachée ou sous couvert d’anonymat de type Cash Investigation ? Si le procédé est à condamner, le Parisien doit avoir la liberté de le dire et d’interroger ce fait », poursuit le communiqué. Les syndicats estiment que « l’indépendance de la rédaction » a été entravée et déplore l’autocensure du directeur de la rédaction qui a assuré n’avoir « eu aucune pression ni consigne venue d’en haut ».

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« Se pose alors la question de la confiance dans la direction de la rédaction à garantir notre liberté éditoriale et notre capacité à faire notre métier de journaliste, au risque de déplaire à notre puissant actionnaire. (….) Le silence pour lequel a opté le directeur de la rédaction est un message dangereux envoyé à l’actionnaire LVMH », concluent les syndicats.

Merci Patron ! est encore à l’affiche dans une vingtaine de villes françaises – dont huit salles parisiennes.