Preview BD: Le retour de Luc Leroi, icône des années 80

BD Les éditions Futuropolis et «20 Minutes» ont le plaisir de vous présenter les premières planches du nouvel album de Jean-Claude Denis…

Olivier Mimran

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Luc Leroi visite le Paris du 19e siècle (extrait)
Luc Leroi visite le Paris du 19e siècle (extrait) — JC Denis & éd. Futuropolis 2016

Si la génération Y n’a probablement jamais entendu parler de Luc Leroi, c’est que les dernières (més) aventures de ce personnage de bande dessinée très populaire dans les années 1980/90 remontent à… près de 16 ans ! Mais comme « il n’est jamais trop tard », Jean-Claude Denis, son créateur, publie enfin un nouvel album du héros qui l’a rendu célèbre. Un album dans lequel il est justement beaucoup question du temps qui s’écoule…

Interrogé par 20 Minutes, Jean-Claude Denis présente Plutôt plus tard à la suite de sa preview, ci-dessous. Bonne lecture !

Résumé : Prise du mal du pays, Alinéa, la douce amie de Luc Leroi, désire rentrer à Tahiti. Pour combler le vide de sa tristesse, Luc l’emmène au musée d’Orsay admirer les toiles tahitiennes de Gauguin, dont il admire l’œuvre. Alinéa finit par convaincre Luc de l’accompagner à Papeete… Mais une fois de retour à Paris, Luc est abordé, dans une rue déserte, par un homme étrange coiffé d’un chapeau melon. Le prenant sans doute pour un autre homme, il le conduit « pour la soirée du lundi », chez Paul Gauguin…

 

« 16 ans ! ? ! Bon sang, je n’ai pas vu le temps passer », s’étonne Jean-Claude Denis lorsqu’on lui rappelle la longue absence de Luc Leroi. « C’est un peu de sa faute aussi : il ne fait aucun effort pour s’adapter aux nouvelles histoires qui me viennent en tête. Je lui ai fait passer quelques castings, il ne faisait pas l’affaire », rigole-t-il. Il faut dire que le Grand Prix du festival d’Angoulême 2012 produit désormais surtout des récits plus « sérieux », plus ancrés dans le réel que ne l’étaient ceux de Luc Leroi.

« atypique et sympathique »

Rêveur et bohème, Luc Leroi n’a en effet rien d’un héros traditionnel. C’est d’ailleurs ce qui le rend si attachant, et qui lui a valu de nombreux fans de sa première apparition de l’album Luc Leroi déménage un peu, en 1981, à Toutes les fleurs s’appellent Tiaré, en 2000. « Les lecteurs de ses premières histoires gardent en tête l’idée d’un personnage un peu hors norme, décalé, en deux mots : atypique et sympathique », note Jean-Claude Denis. « Il y a en lui quelque chose d’enfantin qui lui attire la sympathie d’un public pas uniquement masculin ».

Un personnage décalé ? C’est effectivement sur ce travers que s’est bâtie la notoriété de Luc Leroi (dont l’album Le nain jaunea obtenu le Prix du public du festival d’Angoulême 1986). Et du temps a beau être passé, ça ne semble pas s’arranger ! « Non, en effet », confirme l’auteur. Avant de nuancer : « Les époques y sont pour beaucoup. Qui a envie d’adhérer à ces années de crise ? Luc Leroi a une volonté égale de ne pas attirer l’attention sur lui, de se faire discret… et aussi une grande capacité à se tenir à distance de la réalité ».

Les méfaits du JetLag

C’est manifeste dans Plutôt plus tard : dès son arrivée en provenance de Tahiti, Leroi, victime d’un JetLag puissance 1000, se trouve propulsé dans le Paris du 19e siècle ! « 120 ans de décalage au lieu des 12 heures habituelles entre Tahiti et Paris ! Il n’y a qu’à lui que cela pouvait arriver, », souligne Jean-Claude Denis. « Cette ligne de changement de date découpe l’océan Pacifique du nord au sud. Elle n’a rien de matériel, mais elle fait bel et bien changer la date d’un jour en plus ou en moins selon le sens dans lequel on va. Quand vous avez fait 20 heures d’avion en observant la course folle du soleil, renoncé à savoir si vous étiez aujourd’hui ou demain, et tenté de comprendre qu’à midi, il était encore minuit la veille, vous avez une idée assez juste de ce que peut être un petit voyage dans le temps ».

Sans spoiler, précisons que Luc Leroi fréquentera, suite à ce saut dans le temps, le peintre Paul Gauguin. « Ça se tient », rappelle Jean-Claude Denis, « car si Leroi entretient peu de rapport avec la réalité de son époque, on sait qu’il écoute J. J. Cale et qu’il lit Gauguin. Dans le précédent album (Toute les fleurs s’appellent Tiaré), il découvrait Tahiti et le côté sombre de Gauguin. J’ai voulu ici présenter l’homme - et le peintre - sous un jour plus favorable ».

Gauguin est peut-être « réhabilité », mais Luc Leroi, lui, demeure l’éternelle victime de sa propre difficulté à rester en phase avec les époques qu’il traverse. « C’est en cela qu’il me ressemble », confie Jean-Claude Denis : « pour lui comme pour moi, les choses les plus banales de la vie courante peuvent se révéler compliquées, menaçantes. Nous avons une réjouissante tendance à voir tout en noir à nous attendre au pire. Seule la naïveté nous protège du pessimisme le plus sombre ».

Luc Leroi tome 8 - Plutôt plus tard, de Jean-Claude Denis/éditions Futuropolis, 16,50 euros
En librairie le 10 mars 2016

Luc Leroi s'expose

Jean-Claude Denis prépare une exposition autour de Plutôt plus tard, au sein de laquelle il présentera «à la fois des pages de l’album, mais aussi des images réalisées pour l’occasion, inspirées par l’univers rêvé par Luc Leroi».

Exposition Luc Leroi «Plutôt plus tard» - du 23 mars au 2 avril à la Galerie Oblique (Paris)