«L’Afrique n’est pas un continent extra-terrestre»

Alice Antheaume

— 

Tiken Jah Fakoly
Tiken Jah Fakoly — DR

Chaque fois que Tiken Jah Fakoly met les pieds en France, il s’installe dans le même hôtel, à Clichy. Un hôtel où il vit à sa façon, en investissant même la cuisine pour y préparer sa popotte. Pascal, le directeur de l’établissement, tape dans le dos du chanteur fraîchement débarqué de Bamako, au Mali, où il vit en exil depuis son départ de Côte-d’Ivoire, en 2002.

Tiken compte les jours en tripotant ses deux portables - l’un «pour la famille», l’autre pour la «vie professionnelle» - avant la sortie de son cinquième album, «L’Africain» (le 24 septembre). Un nouvel opus qui se veut moins revendicatif que les précédents. «Dans mes autres albums (notamment «Françafrique», en 2002, et «Coup de Gueule», en 2004), j’ai critiqué, j’ai dénoncé, j’ai chanté “Mon pays va mal”, explique-t-il. Or en Afrique, il n’y a pas que des dictatures et de la corruption. Ce n’est pas un continent extra-terrestre. Il y fait bon vivre à mesure que l’on y apprend la démocratie.»
 
La scène? Une position de combat
Tiken, né Doumbia Moussa Fakoly – «mais personne ne l’appelle comme ça, sourit Sophie, sa manageuse, à part sa mère peut-être» - a des dreads à faire pâlir d’envie tous les rastas et un physique ultra bien taillé. Qui pourrait croire qu’il a 39 ans? Personne. Et encore moins ceux qui le voient réaliser des coups de pieds retournés pendant ses concerts. «C’est une position de combat que j’ai apprise pendant un cours de karaté au nord de la Côte d’Ivoire, sourit-il, car à mes débuts sur scène, j’avais besoin de me créer un style.»

Vagues migratoires
«Ouvrez les frontières chaque année, l’été comme l’hiver, et nous on vous reçoit toujours les bras ouverts» («Ouvrez les frontières», premier single) chante celui qui a le cœur fendu à chaque fois qu’il quitte «le pays». «Dans cent ans, vous verrez, ce sera difficile d’avoir un visa pour l’Afrique, prédit Tiken. Car aujourd’hui, c’est le seul endroit où on peut acheter plusieurs mètres carrés pour 20 ou 30 euros. En Occident, tout a été fait, alors qu’en Afrique, tout reste à faire.»

Pourtant, le chanteur n’oublie pas que les Africains émigrés à Paris sont confrontés à une réalité qu’ils ne soupçonnaient pas. «Quand ils envoient des photos à leur famille restée en Afrique, ils ne montrent ni leur lit ni leur lieu de travail. Ils préfèrent se photographier en costume  sur les Champs-Elysées ou sous la tour Eiffel.»
Ce qui prolonge le mythe selon lequel on peut faire fortune en France. «Mais c’est l’image laissée par le colonisateur, répond Tiken Jah Fakoly. En Afrique, on ne voit pas de blanc pauvre ni de blanc fou.»

Relations ségoliennes
Les discours de Tiken Jah Fakoly ont plu à Ségolène Royal qui l’avait invité pour son dernier meeting présidentiel au stade de Charlety, en mai dernier. Mais le chanteur n’est pas venu. «J’ai critiqué pendant longtemps l’ingérence de la France dans la politique africaine, justifie-t-il. Donc il m’était impossible de participer un meeting d’une candidate en pleine campagne. Je dois être cohérent avec mon message». Carré, Tiken Jah.

Tiken Jah Fakoly ouvre son blog vidéo sur 20minutes.fr