Pourquoi Disney a autorisé les Français à réécrire l'histoire de Mickey

BD Des auteurs français s'approprient, avec la bénédiction de Disney, les aventures de la souris la plus célèbre du monde…

Olivier Mimran

— 

Mickey vu par Cosey.
Mickey vu par Cosey. — Cosey, Disney 2016 & éd. Glénat 2016

Détentrices de la licence Disney en bande dessinée, les éditions Glénat viennent de créer une collection « Mickey vu par » dont les deux premiers volumes paraissent aujourd’hui. Son principe ? « Permettre à de grands auteurs de BD européens de revisiter l’univers de Mickey », explique Jacques Glénat à 20 Minutes. Un concept déjà éprouvé par les éditions Dupuis qui, dès 2006, confiaient Spirou à des auteurs « alternatifs » via la collection «  Le Spirou de… ».
Sauf que si le personnage de Spirou appartient à Dupuis, Mickey n’appartient pas à Glénat mais à l’empire Disney, si soucieux de protéger l’image de ses créations qu’on le pensait peu enclin à autoriser ce genre d’initiative. Comment – et sous quelles conditions – la création de cette collection a-t-elle été rendue possible ?
 

« L’avantage, c’est que nous étions déjà un interlocuteur valide puisque nous rééditons de grands classiques Disney depuis des années », précise Jacques Glénat. « Du coup, lorsque j’ai proposé que de grands auteurs de BD franco-belge reprennent, à leur tour, ce héros universel qu’est Mickey, mes interlocuteurs américains m’ont rapidement donné leur accord de principe. Après, ça a été très compliqué à mettre en place parce que le petit éditeur que nous sommes n’avait pas l’habitude de travailler avec une multinationale comme Disney ».

Des créations audacieuses

Les deux premiers volumes de «Mickey vu par...»

« Les gens de chez Disney se sont montrés sympas et ouverts », souligne Jacques Glénat. Il fallait qu’ils le fussent, car s’ils respectent globalement les codes de l’univers de Mickey, les deux premiers volumes de la collection « Mickey vu par… » jouent l’audace : Une mystérieuse mélodie, écrit et dessiné par le Suisse Cosey, imagine ainsi comment Mickey et Minnie se sont rencontrés. Et si l’album reste très sage, y apparaît en filigrane un zeste de sensualité tout à fait inédit.

Quant à Mickey's Craziest Adventures, écrit par Lewis Trondheim et dessiné par Keramidas, il déstructure littéralement la narration classique si chère à Disney (l’album est composé de planches soi-disant « retrouvées » dans un grenier et dont certaines sont manquantes ; charge au lecteur d’imaginer ce qu’il se passe dans les « trous » du récit).

Mickey vu par Trondheim et Keramidas
Mickey vu par Trondheim et Keramidas - Cosey, Disney 2016 et éd. Glénat 2016

« Des choses qui n’existaient pas »

« Les gens de chez Disney ont été séduits par l’audace de cette proposition inédite, par la perspective de voir Mickey sortir un peu de ses aventures traditionnelles. Ils ont témoigné une vraie et sincère curiosité pour des choses qui n’existaient pas », se réjouit Jacques Glénat. « Bref, ils se sont montrés enthousiastes et nous ont fait une confiance quasi aveugle. Ceci dit, on doit respecter une « bible » Disney. Mais tous nos auteurs en connaissent bien les codes : qui ne sait pas qu’il n’y a pas d’armes, pas d’expression de violence et pas de sexe dans l’univers Disney ? »

Mickey vu par Cosey (extrait)
Mickey vu par Cosey (extrait) - Cosey, Disney 2016 et éd. Glénat 2016

Un laboratoire d’idées

Après Cosey, Trondheim et Keramidas, deux nouveaux volumes sont annoncés pour octobre 2016 : l’un réalisé par Tebo, le créateur de captain Biceps, et l’autre par Régis Loisel (« La quête de l’oiseau du temps », « Peter Pan », « Magasin général », etc.), grand prix du festival d’Angoulême 2002.

« De très nombreux auteurs m’ont manifesté leur désir de témoigner leur amour pour l’univers Disney », s’enthousiasme Jacques Glénat. « Si le public suit, l’aventure que nous venons d’entreprendre pourrait – c’est mon vœu le plus cher – rapidement devenir une référence et un laboratoire d’idées. Ce serait une excellente chose pour la bande dessinée européenne car cette initiative est promise à un rayonnement international, nos planches étant naturellement appelées à intégrer la base de données Disney donc à être exploitables par toutes les franchises Mickey du monde. »

Au-delà de considérations mercantiles, la création de cette collection est surtout admirable en ce qu’elle ouvre des brèches, qu’elle crée littéralement des ponts artistiques : « On est en train de marier deux cultures, acquiesce Jacques Glénat : celles de la BD européenne, au sein de laquelle les auteurs sont – à juste titre – considérés comme des artistes, leurs œuvres faisant l’objet de mille attentions, avec cette culture plus « globale », quasi industrielle, que pratique Disney. Ça n’est pas toujours simple, mais ça fonctionne. »

- « Une mystérieuse mélodie (ou comment Mickey rencontra Minnie) » par Bernard Cosey, éditions Glénat, 17 €

- « Mickey’s Craziest Adventures » par Lewis Trondheim & Nicolas Keramidas, éditions Glénat, 15 €