« Je transforme ma colère en spleen »

Recueilli par Ingrid Pohu - ©2007 20 minutes

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Benjamin Biolay,

auteur, compositeur, interprète

Pourquoi ce titre, « Trash Yéyé » ?

Ça se retient vachement bien. Depuis le début, je compose des mélodies assez jolies avec des cordes romantiques et dessus je balance des « horreurs ». Mon guide moral c'est un peu Morrissey, l'ex-chanteur des Smiths, avec ce groupe il a toujours fait une pop assez sucrée, rythmée, lyrique et il chantait des choses abominables, des sentences tragiques. Je le trouve « trash yéyé ».

Etes-vous tenaillé par le spleen ?

Dans la vie je suis joyeux, mais quand je vois le résultat de l'élection présidentielle, j'ai des raisons d'avoir le spleen. Quand je constate qu'il y a une rubrique people dans Libération, je suis malheureux. Je transforme donc ma colère en spleen.

Dans vos chansons vous parlez toujours de vos amours malheureuses. Pourquoi ?

L'amour peut être une espèce d'odyssée foireuse, mais je ne fais pas que des chansons sur l'échec amoureux. A 34 ans, j'ai déjà vingt ans de vie amoureuse derrière moi. J'ai connu l'amour et le désamour, mais dans ce disque je ne livre pas mon journal intime de ces deux dernières années.

Cette année vous avez été la cible d'un magazine people. Comment avez-vous réagi ?

Je l'ai très mal vécu. Ces gens-là, je les déteste et vraiment je les emmerde. Ce qu'ils ont fait est très regrettable. Je préviens : maintenant il faut me lâcher. S'ils continuent, j'irai en photographier un en slip ou le cul à l'air et je le mettrai sur mon site Internet.

Vous sentez-vous incompris ?

Je ne me pose pas la question mais j'ai de plus en plus de recul sur les papiers où je me fais « défoncer ». J'ai eu ma dose c'est pour ça que je me suis lâché dans Tecknikart. J'ai dit que la chanson française actuelle me dégoûte parce que ça ne touche ni mon coeur, ni mon cerveau. Il ne se passe rien, ça me déprime. Dans l'article j'ai parlé de gens qui m'ont attaqué, comme Bénabar, avec sa tête de con, qui m'a demandé un jour si j'allais faire un vrai disque une fois dans ma vie ! A partir de là, la guerre est déclarée.