Quatre lettres pour se lancer dans «Love», la série de Judd Apatow

SERIES «Anti-comédie romantique» signée par Judd Apatow, «Love» est disponible ce vendredi sur Netflix…  

Annabelle Laurent

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Gillian Jacobs et Paul Rust, le duo de Love (Netflix, 19 février 2015)
Gillian Jacobs et Paul Rust, le duo de Love (Netflix, 19 février 2015) — Suzanne Hanover/Netflix

Les séries les plus attendues de 2016 tiennent en quelques lettres. Après le Vinyl acclamé de Scorsese, voici Love, la nouvelle série du prince de la comédie US et expert ès crises existentielles Judd Apatow, qui n’avait pas réalisé de séries depuis Freaks and Geeks (1999) et Les années Campus (2001). Aux manettes de ces 10 épisodes co-créés avec Paul Rust et Lesley Arfin (Brooklyn 99, Girls), le voilà de retour pour nous parler d’amour… à sa manière, évidemment.

L'épisode pilote présente le duo séparément: d’un côté, Mickey (Gillian Jacobs de Community), une rebelle faussement solide, un peu trop portée sur la bouteille, s’extirpe péniblement d’une relation inutile et toxique. De l’autre, un nerd naïf, prof pour enfants-acteurs, Gus (Paul Rust, vu dans I love you, Beth Cooper) se fait larguer par sa copine.

Si la série s’appelle Love, c’est qu’on connaît, a priori, les grandes lignes de la suite. Mais cela va prendre du temps. Revue en quatre lettres (Nat King Cole si tu nous entends) des forces de cette série attachante.

L comme Libératrice 

«Les histoires d’amour, c’est du putain de bullshit et personne n’est jamais là pour vous le dire», lance Gus dans une scène jubilatoire -et enfumée- de l’épisode 2, celui de la rencontre. «Et tous les films ne sont qu’un tissu de mensonges!», il ajoute, en balançant par la fenêtre ses Blu-Ray de comédies romantiques, Quand Harry rencontre Sally et Pretty Woman en tête. Avec Judd Apatow aux commandes, on pouvait être sûr de ne pas tomber dans l’amour conte de fées ou les bons sentiments. C’est confirmé: Love s’ajoute à la liste des ces anti-comédies romantiques qui ont fait, ces derniers temps, beaucoup de bien au petit écran, en sortant des schémas vus cent fois pour préférer le naturel au glamour, évoquer la peur de l’engagement et de celle de la routine, et démonter le mythe des relations fusionnelles et sans accrocs, à l’image de Girls (HBO), You’re the worst (FX) ou même Casual (Hulu), Togetherness (HBO) et Master of None (Netflix).  

Judd Apatow et Gillian Jacobs ont travaillé ensemble sur «Girls» et «Love» - Suzanne Hanover/Netflix

O comme JacObs et ApatOw

(Oui, on triche). Quand Judd Apatow a su que Gillian Jacobs était libre après Community (annulée par NBC en 2014) et la saison 4 de Girls, il n’a pas laissé passer sa chance. «J’ai dit à Paul [Rust]: on ne la lâche pas», explique-t-il à Alan Sepinwall dans Hitfix. La vie est bien faite, Paul Rust, grand fan de Community, dit justement avoir écrit le rôle avec Gillian Jacobs en tête, parce qu'il n'avait «jamais vu quelqu'un être aussi drôle et lumineux tout en jouant un personnage aussi brisé». 

L’actrice de 33 ans est en effet parfaite pour cette Mickey badass au cœur tendre, qui révèle sa fragilité au fil des épisodes sans cesser de faire rire. Sa fausse assurance et son penchant autodestructeur rappeleront Gretchen (Aya Cash) à ceux qui regardent la touchante You’re the Worst.  Gus est de son côté bien plus que le nerd inadapté et trop gentil qu’il semble être, sans quoi le rapprochement des deux n’aurait aucun sens (et aucun intérêt)… Ajoutez à cela les très bons personnages secondaires, surtout la fabuleuse coloc australienne de Mickey, incarnée par Claudia O'Doherty (encore un O...), vue dans Crazy Amy. Elle mériterait sa série à elle toute seule.

Claudia O'Doherty, géniale dans «Love» - Suzanne Hanover/Netflix

 

En images: De Seth Rogen à Lena Dunham, l’écurie Apatow

V comme Vite bingée

Il est possible que Love ne vous fasse pas le week-end entier. Le pilote dure 40 minutes, et on enchaîne ensuite les épisodes, plus courts (autour de 30 mn), aussi légèrement que ceux de Master of None en décembre dernier. On guette les signes de rapprochements entre Mickey et ce «little weirdo» de Gus (pour la citer), et en leur laissant le temps de se tourner longuement autour, Love suggère combien il est facile de passer à côté d'une rencontre. Mickey reconnaissait pourtant d'une moue sceptique: «Je déteste rencontrer les gens. Mais toi... je ne t’ai pas détesté.»

Ainsi, même si chaque épisode se tient en lui-même (avec quelques bijoux, à commencer par le 2, ou le 5), on consomme vite. Apatow souligne lui-même la différence avec Girls, «pour lequel il nous semblait bon que les gens aient une semaine pour digérer ce qui s’était passé.» Il explique avoir conçu Love en ayant le binge-watching en tête. 

E comme Encore

La bonne nouvelle, c’est qu’une saison 2 est déjà prévue. Netflix avait commandé la suite avant même que le tournage de la saison 1 commence, vous pouvez donc engloutir les 10 épisodes sans la crainte du vide au moment du générique de fin. L'amour ne dure peut-être pas trois ans, mais au moins deux saisons.