Pourquoi Pavarotti est Pavarotti

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A Hong Kong, 2005.
A Hong Kong, 2005. — Reuters

Pourquoi Pavarotti n’était-il pas un ténor comme les autres? Résumé en six points.

- Polyglotte, peut-être, mais pas en chantant

Voulant conserver une clarté de voix absolue, le ténor refusait de chanter dans une autre langue que l'Italien. Prudent, l'homme savait qu’il y avait déjà suffisamment de défis vocaux à relever pour ne pas se rajouter la barrière du langage. «Puccini t'aide, mais c'est toi qui dois faire le travail», expliquait-il en 2005.

- Un farouche superstitieux

Il se disait que Pavarotti ne montait jamais sur scène sans glisser un clou tordu dans sa poche. Mais son vrai talisman était son écharpe, qu’il emportait partout avec lui. Sauf ici, en 1967, dirigé par Karajan lors du «Requiem» de Verdi.



Verdi - Requiem Pavarotti - Karajan
envoyé par Quarouble

- Une mine d’or
Pour sa maison de disques, Decca, le chanteur est une caisse d’argent ambulante. Tout comme l’est toujours Maria Callas pour EMI. Avec ses confrères Placido Domingo et José Carreras, Pavarotti était d’ailleurs entré dans le livres de records en obtenant, les meilleures ventes mondiales d'album classique pour les concerts des trois ténors. Du pain béni pour les organisateurs de ses tournées aussi. «On dit qu'au [concert de] Hyde Park [à Londres] j'ai 'fait' plus de monde que les Rolling Stones, raconte Luciano Pavarotti, mais je crois que c'était à Buenos Aires, dans la rambla principale, longue de cinq kilomètres, que j'ai eu le plus de spectateurs : environ 300.000 personnes, une mer humaine à perte de vue». Jacques Lonchampt, un journaliste du «Monde», écrivait même: «l'artiste n'avait qu'à paraître pour convaincre, ouvrant tout grands les bras (le mouchoir blanc traditionnel pendant à la main gauche) pour embrasser tous ces braves gens et laisser venir à lui les petits millions.»

- Un physique entre Garguantua et Rabelais
Ses kilos semblaient lourds à porter. Avant le succès, «je n'étais qu'un "jeune homme un peu gros" qu'on regardait dans la rue», confiait-il en 2005 au quotidien «Le Monde». Le ténor ne s’en est jamais caché: il aimait les pâtes et le bon vin. Et le fit savoir en promouvant une célèbre marque de pâtes italienne.

- Le chanteur qui savait diversifier ses activités
On lui attribue le talent d’avoir su démocratiser l’opéra (il a fait l’ouverture de la Coupe du Monde de football en 1990 puis celle des Jeux Olympiques de Turin en 2006).

Il s’est aussi lancé dans des duos parfois improbables, comme avec Céline Dion, Ricky Martin ou même Florent Pagny. Mais avec James Brown, pour entonner «It's a man's world» en 2006, on applaudit.



- De l’audace avant tout

Cela ne se faisait plus depuis le XIXe siècle, mais le ténor a osé, porté par l’ovation du public, se lancer dans un bis, en plein milieu de l’opéra, d’un air de «L’Elixir d’amour» de Donizetti tant le public avait applaudi le premier jet. Il obtint par ailleurs sa seconde inscription au livre des records: après avoir reçu 165 rappels lors d’une représentation.